Robert Decosse, témoin et acteur de la vie de Barbizon au siècle dernier…

Robert Decosse 2Vendredi dernier, nous avons célébré les obsèques de Robert Decosse, (95 ans )  dans la chapelle de Barbizon.
A la fin de la cérémonie, ses deux filles m’ont remis un cahier de souvenirs qu’il avait rédigé lui-même pour donner son propre témoignage sur les luttes, les grandeurs et les controverses sur la Résistance.
Nous publierons prochainement ici  ce témoignage qui raconte ce qu’ont été, si étroitement et douloureusement mèlées, résistance et collaboration dans notre village.

Mais tous ceux qui aiment l’histoire de la vie, simple vie quotidienne qui fait aussi la GRANDE HISTOIRE, liront avec plaisir ce témoignage de première main sur notre village au siècle précédent.
L’illustration qui accompagne cet article  n’est pas de Robert Decosse mais ajoutée par nous pour évoquer ce passé dont il parle..
Envoyez nous vos propres photos et vos commentaires ou vos remarques pour faire revivre ce passé . Merci aux enfants et petits enfants de Robert..

Jean-Michel Mahenc


MEMOIRES DE RESISTANCE
par Robert DECOSSE « Pepel » dans la Résistance
Chef de groupe au Maquis FRANCE Département du Lot

Robert Decosse 3

Pour bien faire comprendre cette période douloureuse, et pour bien sensibiliser le lecteur, je veux parler de l’avant-guerre.

¨Parler de l’avant-guerre

Comment vivait-on, alors que la télévision n’existait pas, ni le téléphone portable et bien d’autres choses encore.

Au fur et à mesure de l’écoulement des années, l’atmosphère devenait lourde, on sentait que quelque chose allait se passer, une épée de Damoclès se balançait au-dessus de nos têtes. Nous étions jeunes, terriblement inquiets.

Naissance – grand-père et père dans la maçonnerie

Je rappelle ma date de naissance, 1er Février 1922 à FLEURY-EN-BIERE, beau village de Seine-et-Marne.

Mon grand-père, Henri DECOSSE, Maire du petit village était entrepreneur de maçonnerie.

Mon père, Alfred DECOSSE, également entrepreneur de maçonnerie, est venu s’installer à BARBIZON, le prestigieux village des peintres.

A l’auberge Ganne, chez Madame Barbier Luniot

Ancienne auberge 148 copie.jpgJ’avais deux ans, lorsque nous y sommes arrivés, et pendant le temps de la construction de notre maison, Madame BARBIER LUNIOT, propriétaire de l’Auberge Ganne, a autorisé mon père à habiter ces lieux historiques.
Barbizon 478257En effet, l’auberge était le refuge des artistes réputés de l’époque : Jean-François MILLET, COROT, ROUSSEAU,Antoine BARYE, RENOIR, DIAZ DE LA PENA, DAUBIGNY ; et les écrivains : APOLLINAIRE, VERLAINE, Victor HUGO, George SAND, Roland DORGELES, Jean GALTIER BOISSIERE, Francis CARCO, …
Plus tard, beaucoup d’autres artistes réputés nous enchantaient par leur passage dans le village.

dans ces locaux vétustes, avec des étais pour soutenir les poutres du plafond.

J’ai grandi, avec mon frère Henri, dans ces locaux vétustes, avec des étais pour soutenir les poutres du plafond.

les blanchisseuses-repasseuses

Ma grand-mère maternelle et mon arrière grand-mère exerçaient la profession de blanchisseuse-repasseuse.

Monsieur Bachelet, gendre de Chaigneau

A l’âge de 12 ans, ma mère Huguette, née en 1900, distribuait le linge repassé, bien rangé dans un panier d’osier, dans les villas des personnalités du village, notamment chez M. BACHELET le gendre du peintre des moutons.J’ai nommé CHAIGNEAU.

Les chevaux de trait, le maréchal-ferrand, la « patache »

Attelage devant Ganne.jpgMon grand-père maternel était, quant à lui, maréchal-ferrand, pour ferrer les chevaux de trait.

En face, c’était le local de la 11 Patache 11, la diligence actionnée par des chevaux de trait ; je me rappelle l’avoir vue.
Tous ces locaux, aujourd’hui, sont des galeries de tableaux.

Grappilles de la forêt-5.pngl’école communale de Monsieur Abel CARRE

La vie se déroulait paisiblement en fréquentant l’école communale de Monsieur Abel CARRE, qui dirigeait ces lieux avec les garçons, à côté de l’école des filles dirigée par Madame POCHART, la femme du Maire du village ; ce dernier étant entrepreneur de menuiserie.

La maternelle à l’asile Laure Henry

Laure Henry-ancien1.jpgAvant l’école communale, c’était la maternelle, Grande Rue, portant le nom Asile Laure HENRY, dirigée par Mademoiselle Louisa et une Sœur. Les promenades en forêt occupaient une partie de la journée.

Je me souviens avoir donné la main à Jeannine GRACIA, nous avions cinq ou six ans.

René Gravé, instituteur

Plus tard, ce fut Monsieur René GRAVE, instituteur, qui m’a conduit au certificat d’études primaires. Ces deux messieurs occupaient successivement la place de Secrétaire de Mairie. René GRAVE était le père de mon beau-frère,Jean GRAVE.

l’affluence du week end dans les 20 hôtels restaurants

Charmettes couleur493_001.jpgLe week-end, c’était l’affluence, les vingt hôtels-restaurants se trouvaient occupés, et l’animation battait son plein.

le « tacot », le train à vapeur

Scans Barbizon 81b (1).jpgLes parisiens arrivaient, en voiture automobile pour quelques privilégiés, ou par le 11 tacot 11 le train à vapeur qui reliait la Gare de Melun, Dammarie-lès-Lys, Chailly-en-Bière et Barbizon.
Pour le retour à Paris, le dimanche soir, c’était le folklore, le train étant surchargé et, dès qu’une montée apparaissait, il fallait le pousser.

les polonais, à la gare de marchandises

La gare de marchandises se trouvait être à l’entrée du village, non loin de la maison de mes parents, aujourd’hui 30 rue du 23 Août.

Les wagons à ciel ouvert étaient chargés à la main, par des polonais notamment, au moment des betteraves à sucre.

Abondance de l’emploi, grace aux résidences secondaires

Les résidences secondaires, de très belles maisons, favorisaient l’emploi de jardiniers, de gardiens et de cuisiniers pour les réceptions du week-end.

Les embauches immédiates après le certif

Après l’obtention du Certificat d’Etudes, les chefs d’entreprise, les restaurateurs, l’administration, venaient trouver l’instituteur pour lui demander les noms des élèves ayant obtenu leur diplôme et, avec l’accord des parents, embauchaient immédiatement.

Jusque 1903, un village rural, hameau de Chailly-en-Bière

Barbizon était un village rural, hameau de Chailly-en-Bière, qui devint commune en 1903 au détriment de la municipalité de Chailly-en-Bière.

Une dizaine de fermes dans « la rue des fermes »

La ferme 564684_541001.jpgIl comportait une dizaine de fermes, plus ou moins importantes. Aujourd’hui, la rue de Fleury, autrefois rue des Fermes, recevait entre autres, la ferme Maurice MENEUX avec 15 chevaux et un imposant troupeau de moutons.

Les jours de congés, j’accompagnais soit le charretier, soit les bergers. Ensuite, en importance, venait la ferme Paillé.

Aujourd’hui, il n’y a plus aucune ferme dans le village.

Aujourd’hui, il n’y a plus aucune ferme dans le village.

Les fêtes du village, les fêtes de famille

Les distractions étaient plutôt rares, on attendait avec impatience la fête du village et les fêtes de famille.

le cheval de la batteuse sur des rouleaux en bois

Je me souviens, pendant l’occupation, un cheval de trait précédemment dressé, actionnait la batteuse en marchand sur des rouleaux en bois.

les personnalités politiques

]’ai connu des personnalités importantes de la politique.

Trotsky à la villa Ker monique

Léon TROTSKY qui habitait la Villa Ker Monique, en bordure de forêt ; on le voyait se promener avec ses gardes du corps et ses chiens policiers.

Maurice Thorez

12.jpgMaurice THOREZ habitait une maison proche de celle de mes parents, propriété de sa tante Madame DUFRENOY

Les conférences du Colonel de la Rocque aux Pleiades

Le Colonel de la ROCQUE, Président du Parti Social Français, habitait Grande Rue, la Villa des Tilleuls, propriété de Monsieur et Madame HACHE, près de la chapelle.

Capture d’écran 2017-07-23 à 19.39.11.png

Le Colonel nous recevait à l’Hôtel des Pléïades, propriété de Monsieur et Madame BARATIN, avec l’instituteur M. CARRE ; il nous parlait de la France, de la tolérance, du respect de l’autre; il avait dix enfants.

Le tennis de table

Je me souviens avoir joué au tennis de table avec l’une de ses filles, de mon âge, qui est entrée dans les ordres plus tard.

Jean Mermoz, ami du colonel

Egalement Jean MERMOZ, pionnier de l’aviation et ami du Colonel (notamment les lignes Latécoère et Aéropostale), ainsi que les Commandants CODOS et ROSSI qui habitaient le village.

Maurice Farman et Henri Farman, juste en face de la maison de mes parents

Plaine et avion Farman 1 copie.jpgEt puis, Maurice FARMAN, un autre pionnier de l’aviation française. Il habitait une grande propriété proche de la maison de mes parents, rue du Chemin de la Messe.
En 1932, il atterrissait avec un biplan blanc sur le terrain de la plaine de l’Angélus (où Jean-François MILLET a peint son fameux tableau) juste en face de la maison de mes parents.
Maurice FARMAN me demandait de garder l’avion, sans rien toucher. Quelquefois, avec sa compagne, Madame ANGELO, un matin au mois d’Août, ils partaient en Suisse et, le soir à l’atterrissage, il me rapportait des chocolats.

le premier avion à ailes basses

farman 2.jpgLe dimanche après-midi, c’était le folklore, il arrivait avec un avion moderne de TOUSSUS-LE-NOBLE, l’un de ses pilotes avec un autre appareil, et son frère, Henri FARMAN qui arrivait avec le premier avion à ailes basses de couleur rouge avec des points noirs -baptisé  » La coccinelle « .

Il mettait son chapeau et allait peindre sans parler à Maurice, car ils étaient fâchés à mort.

Il mettait son chapeau et allait peindre sans parler à Maurice, car ils étaient fâchés à mort.

un avion fait des acrobaties, avec le whisky du Tumble Inn

51G1UDCUneL._SX351_BO1,204,203,200_.jpgPour compléter, arrivait Doteh FRANKLIN, qui possédait un POTEZ 25, un avion d’acrobatie. Son appareil restait sur le terrain, recouvert d’une bâche pendant un mois.
Ce pilote acrobate habitait le TUMBLE-INN, un bar américain situé dans le centre du village et dirigé par Alf GRANT, un américain.

Bien imbibé de whisky, il proposait à un spectateur de monter avec lui, et on assistait à la démonstration de son talent d’acrobate.

Une foule considérable assistait tous les dimanches après-midi à ce concert aérien, à la satisfaction de tous, attirés par ce spectacle inhabituel.

Les écrivains, Dorgelès, Galtier,

Egalement, les écrivains Roland DORGELES,Jean GALTIER BOISSIERE ;

André Billy et son mouton

André BILLY de l’Académie Goncourt, qui promenait son mouton apprivoisé et qui, lorsqu’il venait de PARIS par le train (descente à la Gare de MELUN), partait à pied par BOIS LE ROI pour rejoindre BARBIZON, afin de profiter au maximum de la forêt.

 

 

L’assasin Wiedmann

Eugène_Weidmann_IJ.jpg

J’ai aussi vu WIEDMANN, l’assassin de Jeannine KELLER, soi-disant un espion allemand.j’ai assisté à la reconstitution, allée des Vaches, à l’entrée de la forêt, et l’ai vu descendre du fourgon cellulaire, menot­té ; jugé quelques temps après et … guillotiné.

le corps de Jeannine KELLER, à l’entrée de la caverne des brigands,

Capture d’écran 2016-03-07 à 08.18.22.jpg

On a retrouvé le corps de Jeannine KELLER, à l’entrée de la caverne des brigands, recouvert de 30 cm de sable humide et parfaitement conservé.

L’allée des vaches

celles qui arrivaient sans avoir le tampon du Seigneur, étaient refoulées

A propose de l’allée des Vaches : à l’origine, en l’an 808, cette allée était recouverte d’une herbe dont les vaches raffolaient ; celles qui arrivaient sans avoir le tampon du Seigneur, étaient refoulées.

 

La forêt de Fontainebleau

Je voudrais ouvrir une parenthèse sur la forêt de FONTAINEBLEAU, côté BARBIZON. La forêt est une rupture avec le monde, y entrer est comme entrer dans une cathédrale. Un arbre est un édifice, une forêt est une cité, entre toutes. La forêt de FONTAINEBLEAU est un monument. Ces quelques vers de Victor HUGO, qui venait souvent s’y promener, peuvent nous inciter à redécouvrir ces lieux magiques.

Nos promenades en forêt, avec l’école maternelle

Diaz-Repos en sous-bois-71Nos promenades en forêt, avec l’école maternelle, nous faisaient écouter une mésange, sentir l’odeur des mousses, construire une cabane, se laisser surprendre par un chevreuil qui déboule.
Je me souviens d’avoir donné la main à Jeannine GRACIA … nous avions cinq ou six ans.

Grigoresco-Peintre à l'oréeP-055.jpg
Et puis, plus tard, on donnait rendez-vous aux jeunes filles … en forêt.


la suite de ce document, avec l’histoire de la résistance à Barbizon, sera publiée plus tard.
Merci à Robert Decosse pour ces souvenirs précieux.


 

About Cercle des Amis de Barbizon (267 Articles)
Le Cercle des Amis de Barbizon, association Loi 1901, a été fondée Jean-Michel Mahenc en 2016, pour réunir tous les amoureux du village des peintres de Barbizon (France, Seine-et-Marine) et d'en assurer le rayonnement artistique.

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