Dictionnaire de tous les peintres venus à Barbizon depuis deux siècles !

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DICTIONNAIRE DES PEINTRES DE BARBIZON

1— Le catalogue de Marie Thérèse DESFORGE

Répertoire biographique sommaire

Un répertoire complet des peintres qui furent les hôtes de Barbizon et de Chailly dépasserait les limites d’une aussi rapide étude. Cette brève nomen­clature a simplement pour but d’apporter quelques précisions inédites et de donner un aperçu de l’importance de Barbizon dans l’histoire de la peinture.

d’ALIGNY, Claude Félix Camelle (1798-1871).

Nommé par Sensier (5) parmi les premiers clients de Ganne (vers 1824). En 1832 le peintre Brascassat écrit à un de ses amis en parlant de M. d’Aligny qui va « tous les ans >> à Barbizon. Au Cabinet des Dessins du Louvre sont conservés des dessins exécutés par d’Aligny à Barbizon et dans ses alen­tours, entre 1828 et 1840. Devint propriétaire d’une jolie demeure à Marlotte.

AMAN-JEAN, Edmond François (1860-1935).

Séjourna à l’auberge Ganne-Luniot du 6 au 10 octobre 1883, comme G. Seurat. (1)

ANDREESCO, Ion (1850-1882).

Roumain, arrivé en 1879 à Paris étudier la peinture, est à Barbizon à la fin de l’année et ne le quitte plus guère jusqu’à son retour au pays natal (1882). De nombreux tableaux ayant pour sujet Barbizon – ou sa région – sont conservés dans les collections roumaines. (Radu Bogdan Studii si cercetari de istoria artei , de 1955 à 1960)

BABCOK, William Perkin (1826-1899).

Peintre el collectionneur américain, quitta L’atelier de Thomas Coulure pour travailler avec Millet dont il resta toujours un fervent admirateur. Il fut témoin à son mariage en 1853 et signa son acte de décès en 1875 (4). Fixé à Barbizon, il habitait 42 Grand Rue en 1872 (2).

BARYE, Antoine Louis (1795-1875).

Le catalogue de l’exposition posthume de I’œuvre de Barye, en 1875, mentionne soixante vues prises dans la forêt de Fontainebleau. Très lié dès 1841 avec Th. Rousseau, Barye était un des habitués des réunions du samedi. Il séjourna à l’auberge Ganne du 15 au 24 octobre 1852 et en octobre 1853 (1). Il finit par louer une maison à Barbizon (1867 ?)

BAZILLE, Frédéric (1841-1877).

Arrivé à Paris en novembre 1862, fréquente la forêt dès le mois d’aout 1863, séjournant à Chailly

avec Claude Monet. En 1865, pendant l’été, non seulement il pose pour le « Déjeuner sur l’herbe >> de son ami, mais il le soigne quand celui-ci a un Jéger accident, scène qui Jui inspire une charmante peinture (G. Poulain: Bazille et ses amis, 1932; F. Daulte: F. Bazille et son temps, 1952)

BELLY, Léon Auguste (1827-1877).

Elève de Troyon, ami de Théodore Rousseau et, par lui, de Millet, il fit de nombreux séjours à Barbizon entre ses voyages en Italie, en Grèce et en Egypte; il exposa plusieurs vues de la forêt (S4). Il a séjourné à l’auberge Ganne en mai 1849 et du 15 mai au 23 juin 1850 (1).

BODMER, Karl ( 1809-1893 ).

D’origine suisse, acheta en 1856 la maison que Je peintre américain Hunt avait loué à ! ‘usage d’écurie; d’après Moreau-Nétalon, Bodmer aurait été ainsi le troisième étranger à la localité à s’y rendre propriétaire (après Sensier et Charles Jacque). Il figure sur les dénombrements de 1856, 1861, 1866, 1872, 1876 (2). Un arbre du Bas Bréau représenté sur un des o: Intérieurs de forêt » qu’il peignait tut appellé « le Bodmer » (21). Un de ses fils Rodolphe, né à Barbizon en 1856, y passa la plus grande partie de son existence consacrée à la chasse et à la peinture (32).

BONHEUR, Rosa (1822-1899).

Travailla en forêt de Fontainebleau; installée en 1860 à By, elle ne fit que passer à Barbizon (A. Klumpxc :

Rosa Bonheur, sa vie et son œuvre, 1908).

BOULANGER, Louis ( 1806-1867).

Fut un de ceux qui – avec Célestin accueillirent Millet à son arrivée Ganne (15).

BOULENGER, Hippolyte ( 1837-1874 ).

Fondateur de l’école dt: Tervueren , qualifié par Thoré de « Barbizon belge ». Il fit des séjours à Paris, s’inspira des œuvres des peintres de Barbizon : séjourna-t-il dans leur fief? on n’a pas retrouvé d’œuvre peinte par lui en forêt de Fontainebleau. (G. van Zype: H. Boulenger).

Nanteuil – à l’aubcrge

BRASCASSAT, Jacques Raymond (1804-1867).

Cité par Sensier (5) parmi les premiers clients de Ganne; y séjourna en 1831 (Nouv. Arch. de l’Art Français, 1900).

BRETON, Jules (1827-1905).

Etait en 1857 à Marlotte avec Daubigny et Théodore

de Banville (J. Breton, la vie d’un artiste, 1890); il a représenté le poète et sa famille dans la forêt (toile conservée au Petit Palais). Séjourna à Barbizon (notamment en 1903) qu’il a évoqué dans ses livres:

Savarette (1898), la Peinture (1904).

BULGARI, Stamati (1877-18 ?).

Né à Corfou. engagé dans l’armée française en 1798, il y resta jusqu’en 1831. Il fréquenta l’atelier de David et travailla en fr rêt près de Chailly dès 1821 (106). Corot l’a représenté à deux reprises.

CABAT, Louis (1812-1893).

Elève de Flers, ami de Jules Dupré, cité en 1855 par F. Bernard parmi ceux qui << ont demeuré des saisons entières » chez Ganne ( 49). Il a laissé son nom à deux sites de la forêt: la mue à Cabat ou il peignit un effet d’hiver en 1837 (29) et la « kache Cabat » près du carrefour de l ‘Epine sur laquelle les artistes s’étaient amusé à peindre leurs noms en rébus; une roue et un sceau, un cabas, etc …. (61 ).

CAMP, Camille van (1834-1891).

Peintre belge. Venu en France en 1859 pour parfaire ses études il partagea son temps entre Paris et Barbizon ou il résida à l’auberge Ganne. (1)

CAROLUS-DURAN, Emile Auguste (1838-1917).

Il fit en 1861 le portrait du patron et celui de la patronne de l’auberge du  » Lion d’Or » à Chailly. Il devait y revenir en voyage de noces sept ans plus tard. (32)

CEZANNE, Paul (1839-1906).

Pendant ses séjours à Paris il allait souvent tra­vailler dans la forêt de Fontainebleau et dans celle de Chantilly; il peignit à Montigny, à Marlotte, à Barbizon (J. Gasquet : Cézanne, 1926). Il passa une année à Melun (1879-1880).

CHAIGNEAU, Ferdinand (1830-1906).

Attiré à Barbizon par le désir d’y travailler avec Charles Jacque, il y installa sa demeure: « La Ber­gerie » ou il peignit force toiles représentant des moutons. Jules Claretie fut souvent son hôte. Paul Chaigneau succéda à son père; son atelier donnait de plain-pied sur le champ ou paissaient les animaux qu’il pouvait observer tout à loisir (32) ..

CICERI, Eugène (1813-1890).

Villégiaturait tantôt à Marlotte, tantôt à Barbizon; il y acheta un Lerrain qu’il revendit à Charles Jacque et où celui-ci établit son entreprise avicole. (21)

COCK, César de (1823-1904).

Belge, a laissé de nombreux paysages; séjourna, à l’auberge Ganne en 1860 (1).

COCK, Xavier de (1818-1896).

Frère de César, vécut en France de 1~52 à 1860, passant l’été à Barbizon, l’hiver à Paris. Puis il se fixa à Laethem Saint Martin. (P. Haesaerts : His­toire de la peinture moderne en Flandre). Il est inscrit sur les registres de l’auberge Ganne en 1853 ( 1 ).

COOSEMANS, Joseph Théodore (1828-1904).

Paysagiste, ami, à Tervueren, de Fourmois et Bou­lenger, séjourna à Barbizon auprès de Millet (Hae­saerts : Histoire de la peinture moderne en Flandre, 1960).

COROT, Camille (1796-1875).

Entre octobre 1822, date à laquelle il fit sa première étude en forêt de Fontainebleau, et septembre 1873, date à laquelle Emile Michel (62) le vit peignant un intérieur de forêt au Bas Bréau avec << Le Bodmer » au premier plan, Corot travailla à maintes reprises dans la région. Il cherchait à y entrainer ses amis, pour qu’ils y travaillent comme lui à chercher « l’aspect de la couleur vraie, vraie sortant de votre œil, sans penser à aucun! autre peinture » ainsi qu’il l’écrivit au peintre Bachelier, en partant pour Chailly le 22 aoùt 1835. En 1832 Brascassat le nomme comme étant un des habitués de l’auberge Ganne (Nouv. Ai-ch. de !’Art Franç. 1900) à la décoration de laquelle il aurait contribué d’après la Fizelière (7). En 1859 il est témoin ainsi que Théodore Rousseau au mariage de la fille de l’aubergiste Ganne. (4)

COSTA, Nino (IS26-1903).

Artiste romain, fondateur du mouvement « in arte Libertas », cité par le professeur Novotny parmi les peintres étrangers qui vinrent étudier la nature à Barbizon (ll•l).

COURBET, Gustave (1819-1877).

Arrivé à Paris à la tir. de l’année 1840, Courbet exécutait dès 1841 des vues de la forêt de Fontai­nebleau notamment de Franchard (G. Riat: G. Cour­bet peintre, 1906). li retourna souvent en forêt et cela jusqu’à la veille de la guerre de 1870. Il alla à Chailly voir Monet: le personnage assis du « Déjeuner sur ! ‘herbe » serait peut-être son portrait ( H. Adhé­mar : Modifications apportées par Monet à son « Déjeu­ner sur ! ‘herbe » de 1865 à 1866, dans Bulletin du Laboratoire du Musée du Louvre, nv 3, juin 1958). Monsieur Opresco signale dans l’ouvrage qu’il a consacré à Grigoresco que sur les photographies prises à Barbizon en 1866-67 et conservées en Rou­manie, on distingue Courbet et Corot dans des groupes d’artistes (cf. supra p. 29).

COUTURE, Thomas (1815-1879).

Arriva le 10 septembre 1849 à l’auberge Ganne ainsi que les peintres Hamilton Wild (américain), Richard Hearn (Irlandais) et Célestin Nanteuil (!).

DAGNAN, Isidore (1794-1873).

Dès 1827 a peint des sites de la forêt de Fontai­nebleau et a travaillé autour de Barbizon (29); il exposa au Salon de 1868 « le vieux hêtre de la Reine Blanche dans la forêt de Fontainebleau ».

DAUBIGNY, François Charles (1817-1878).

  1. Bernard le nomme en 1853 parmi les peintres qui « ont demeuré des saisons entières chez Ganne » (49). Le peintre Jules Breton séjourna avec lui à Marlotte en 1857. D’après une mention relevée par André Billy (32) clans un registre de l’auberge Ganne il y serait revenu à une date qui se situerait entre 1861 et 1874; il a exposé en 1874 et en 1876 chez Siron (42). Son fils Karl a aussi travaillé dans la forêt et a remporté une médaille au Salon de 1868 pour son tableau « Le plateau de Belle-Croix ».

DAUMIER, Honoré (1808-1879).

Très lié dès 1833 avec Diaz et P. Huet, devint un habitué de Barbizon. Ami de Th. Rousseau et de Millet, il apposa sa signature sur le registre des baptêmes de la Paroisse de Chailly le 21 septembre 1856 à l’occasion du baptême de Jean-François Milet dont Madame Daumier était marraine et Th. Rousseau parrain (3). Il a séjourné à l’auberge Ganne du 10 au 20 octobre 1853 (1). Vers 1865 ses lithogra­phies représentent presque uniquement les peintres de Barbizon travaillant en plein air (J. Adhémar:

  1. Daumier, 1954).

DECAMPS, Alexandre (1803-1860).

Habitué de Chailly, d’après la complainte des << Peintà Ganne >), il finit par se fixer à Fontai .. nebleau, d’ou il continua à rendre fidèlement visite à Millet (13). René Ménard rapporte qu’il a souvenl vu passer en vente publique des dessins que Decamps avait fait dans les rochers des environs de Barbizon, « et qui étaient catalogués sous le titre pompeux de Souvenirs des environs de Smyrne » (80).

DERAIN, André (1880-1954).

Etait propriétaire d’une maison à Chailly en Bière, c’est là qu’il « pensait à sa composition du Repos

des Cyclistes, pour laquelle il mettait en œuvre quantité de pochades et d’esquisses brossées sur la route de Fontainebleau » (107).

DESGOFFE, Alexandre (1805-1882).

Louis Flandrin, son biographe, a écrit en 1888: « On connait ce fameux rendez-vous de Barbizon, ou plus tard les artistes devaient venir chercher en foule la solitude: Alexandre Desgoffe fut un des deux ou trois qui le fondèrent ». Ceci se passait avant 1830. Desgoffe revint à plusieurs reprises travailler en forêt; il se servit de ses études pour composer plusieurs de ses grandes toiles. Il séjourna en 1849 et 1850 à l’auberge Ganne (!).

DE TIVOLI, Serafino, (1826-1892 ),

Peintre du groupe florentin des « tachistes (mac­chiaioli) cité par le professeur Novotny parmi les peintres étrangers qui étudièrent la nature à Barbizon. (101)

DIAZ DE LA PENA, Narcisse (1808-1876),

que Jules Claretie qualifia de « Corrège à Barbizon », fut le disciple et l’ami de Th. Rousseau (JO). Dès 1873 il exposa au Salon une « Vue prise dans les gorges d’Apremont ». Il séjourna souvent à Barbizon où Ji fut locataire d’une maison et a contribué abon­demment au décor de l’auberge Ganne (7 et 8). Parrain d’un fils de Millet, Charles, le 4 aoùt 1861 (3).

DUPRE, Jules ( 1811-1889 ).

Considéré comme un des représentants typiques de l’Ecole de Barbizon, lié d’amitié avec les membres de ce groupe, il semble n’avoir que peu fréquenté la forêt de Fontainebleau, ayant surtout travaillé dans celles de Compiègne et de Montmorency. Par­ticipa aux expositions locales des peintres de Barbizon. (42).

DUTILLEUX, Constant (1807-1865).

Imprimeur-lithographe à Arras, sa vocation de peintre s’affirma lors d’un séjour qu’il fit à Barbizon en août et septembre 1851. Il ouvrit un atelier à Arras dans lequel passèrent 225 élèves, et créa la Société Artésienne des Amis des Arts dont Delacroix, Corot et Barye furent présidents d’honneur, et P. Huet, Millet, Diaz, membres honoraires. Il allait chaque année en forêt de Fontainebleau; en 1855 il y amena tous ses élèves (G. Colin: C. Dutilleux, 1866; C. Legentil: Notice sur C. Dutilleux, 1866).

EATON, Wyatt (1849-1896).

D’origine canadienne, a été l’élève de Gérôme à

Paris. li a publié au sujet de Millet qu’il a bien connu un article dans « Century Magazine » en 1889. (Moreau-Nélaton: Millet….)

FLERS, Camille (1802-1868).

Paysagiste, compagnon de Decamps, Jadin , P. Huet, maître et ami de Cabat, il est nommé par Fournel parmi les premiers artistes qui ,< s’avisèrent d’aller découvrir la nature dans la forêt de Fontaine­bleau » (81) et Frédéric précise qu’il était un habitué de Barbizon. (49)

FRANCAIS, François Louis (1814-1897).

Un des premiers clients de l’auberge Ganne (21); il y aurait demeuré « des saisons entières »( 49) et participa à la décoration (7). C’est là que vers 1840 il fit, par l’intermédiaire de Thoré, la connaissance de Th. Rousseau (Français par un de ses élèves, 1902). Un couplet de la complainte des « Peint à Ganne » lui est consacré (8).

GASSIES, Jean-Baptiste Georges ( 1829-1919).

Arriva à l’auberge Ganne en 1852; par la suite il s’installa dans une maison que Charles Jacque avait fait construire, voisine de celle habitée par Olivier de Penne, puis par Barye. Son livre sur Barbizon, illustré par ses soins, est une précieuse source de renseignements (21).

GEROME, Jean Léon (1824-1904 ).

Serait d’après la tradition un des auteurs de la Complainte, sous le nom du « hardi Paturot » (21) pseudonyme choisi par allusion au roman « Jérôme Paturot ». Décora d’une frise de style pompéien la cheminée de l’auberge Ganne (8) ou il séjourna à plusieurs reprises, notamment du 16 au 26 juin 1851, en mai 1852 et du 3 au 21 juillet 1854 (1).

GERRY, Samuel (1813-)

Fut à Paris l’élève de Troyon, retourna s’établir à Boston, sa ville natale. S’arrêta chez Ganne les 30-31 mai 1874. (1 ).

GRIGORESCO, Nicolae (1838-1907).

Roumain venu étudier la peinture à Paris, fréquenta assiduement la forêt de Fontainebleau entre 1862 et la guerre de 1870 séjournant soit à Barbizon, soit à Marlotte. Il y fut en rapport avec Corot, Courbet, Th. Rousseau, Millet et Renoir. Il a laissé de nom­breuses œuvres inspirées par la région de Barbizon. (G. Opresco: Grigoresco s.d. 1961).

HARPIGNIES, Henri ( 1819-1916 ).

Appelé par Anatole France « le Michel-Ange des arbres ». Il connut Trovon et Corot et fut l’ami de Ziem. Il alla à Marlotte avec Murger et travailla à Barbizon (Cal. de l’exposition Harpignies à Rou­baix, 1928).

HERVIER, Louis Adolphe (1818-1879).

Aurait mér ité comme Th. Rousseau le titre de « Grand refusé » car le jury du Salon s’opposa 23 fois à son admission; il a laissé des paysages, certains de la forêt de Fontainebleau. Le musée de Glasgow conserve deux vues de Barbizon signées Hervier, non datées.

HILL, Carl Frederik ( 1849-1911 ).

Etudia la peinture à Stockholm puis à Paris; sé­journa en 1874 à Barbizon, en 1876 à Montigny et en 1877 à Bois le Roi (E. Blomberg).

HUET, Paul (1803-1869).

Un des premiers clients de Ganne (Zl ), participa au decor de l’auberge (7 et 8). Séjourna souvent à Fontainebleau, à Marlotte. Au mois d’octobre 1851, il était à Chailly, à l’hôtel du Cheval Blanc, d’ou il écrivait à sa femme: << J’ai pour me rendre au premier arbre juste une demie-lieue, ce qui explique comment on va s’entasser à Barbizon )> (P. Huet d’après ses notes.. par son fils René Paul Huet, 1911 ).

HUNT, William Morris (1824-1879).

Peintre américain. Elève de Couture qu’il quitta pour aller travailler avec Millet; il devait devenir ! ‘ami intime de celui-ci et être témoin à son mariage, le 12 septembre 1853 ( 4), il est alors c,omicilié à Barbizon; en 1856 Bodmer achètera son ancienne écurie. Retourné dans sa ville natale, Boston, Hunt ne reviendra en France que rapidement pour ) ‘exposition de 1867; Moreau-Nélaton raconte que Millet se jeta au cou de son ami. Par ses activités de professeur et de conseiller des collec­tionneurs il servit utilement la renommée de Millet aux Etats-Unis.

INNESS, George (1825-1894).

Un des grands paysagistes américains. Ayant été visiter Barbizon il fut séduit par l’atmosphère qui y régnait et loua une chambre chez un éleveur de lapins « où il se trouva aussi heureux qu’un roi )); il y exécuta des études pour « Sheepshearing at Barbizon » (Y. Bizardel; American painters in Paris, New York, 1960).

JACQUE, Charles (1813-1894).

Arr ivé à Barbizon avec Millet en 1849 (15), il s’v installa dans une maison mitoyenne de celle de son ami où Sensier lui succédera en 1853. Il acheta alors à Ciceri u.11 terrain où il installa un poulailler modèle qu’il abandonna pour créer des aspergières. Il a laissé un livre – Le poulailler, – qu’il illustra des gravures et des tableaux d’animaux; dans beaucoup d’enlrc eux on voit la bergerie d’une grande ferme de Barbizon qui existe encore (21).

JADIN, Godefroi (1805-1882).

Peintre des grands veneurs de la Couronne depuis 1831, qualifié par Arsène Houssaye de « Michel-Ange des chiens », fut un des premiers clients de l’au­berge Ganne (21) à la décoration de laquelle il participa (7).

JONGH, Gustave de (1829-1893 ).

Belge, peintre des élégances de son époque comme Altred Stevens, a séjourné chez Ganne plusieurs semaines en juin, juillet 1859 et quelques jours en .(uin 1861 (1 ).

JONGKIND, Johan Barthold (1819-1891).

Un {( Jonkiny » a participé aux expositions des peintres de Barbizon chez Siron (42). Il s’agit proba­blement de Jongkind, très lié avec le groupe et dont un des meilleurs amis, Kuytenbrouwer, était domi­cilié à Barbizon en 1876.

KNAUSS, Ludwig (1829-1910).

Originaire de Wiesbaden ou il finira sa carrière comme professeur, séjourna des années en France entre 1852 et 1860; en 1855 il était à Barbizon (21); il a représenté le Père Ganne en garde champêtre dans un tableau reproduit clans le Magasin Pit­toresque ( 1856): « Bohémiens auxquels un garde champêtre demande leurs papiers ».

KNYFF, le chevalier Alfred de (1819-1886).

« Ami d’Alfred Stevens, appartient avec Coosernans , les frères de Cock , Edmond de Schampheleer , Heymans et Lamorinière au petit groupe des peintres belges qui gravitent autour de l’Ecole de Barbizon. >> (P. Haesaerts : Histoire de la peinture moderne en Flandre, 1960). Fut l’élève de Rousseau (10) séjourna chez Ganne en avril 1861 (1 ). Installé à Fontaine­bleau, il y recevait Rousseau et Millet; il acquit des œuvres de l’un et de l’autre (10 et Moreau­Nélaton: Millet).

KUYTENBROUWER, Martinus Antonius (1821-1897).

Peintre hollandais, un des meilleurs amis de Jongkind. Il était domicilié à Barbizon en 1876 (2).

LAUTH, Frédéric (1865-1922).

Ami de Renoir (A. Vollard : Renoir, 1919) et mari d’Aurore Sand, Lauth fut un portraitiste très en vogue. Il avait un grand atelier à Barbizon dans lequel on pouvait évoluer à bicyclette (32).

LAVIEILLE, Eugène Antoine Samuel (1820-1889).

Hôte assidu de l’auberge Ganne (8), un de ses décorateurs (77), demeura des années à Barbizon dans une maison de la Grand Rue (2). Témoin au mariage de Millet (4), il fut l’élève de Corot, et son ami très fidèle jusqu’au dernier jour.

LEDIEU

Sensier cite les frères Ledieu parmi les premiers habitués de Barbizon (5). En 1835 le chroniqueur du Journal de Meaux décrit Pierre Ledieu travaillant dans les gorges d’Apremont (21). Philippe Ledieu a séjourné en 1848 et en 1851 à ! ‘auberge Ganne ( 1); il est domicilié à Chailly en 1872″ (2). Un Ledieu csl nommé dans la complainte des « Peint à Ganne » et a participé au décor de l’auberge (8).

LIEBERMANN, Max (1847-1935).

Né à Berlin, formé dans les ateliers allemands, il partit à Paris à l’âge de 26 ans, il s’y lie avec Munkacsy el comme lui fit vers 1873-74 des séjours à Barbizon, où il était attiré par son admiration pour Millet (B. Lâzàr : Ladislas de Paal, 1904 ).

MARTIN, Homer (1836-1897).

Un des grands paysagistes américains. Au cours d’un voyage en Europe en 1876, il passa par Barbizon. (The Hall of American Artists, 1949).

MENARD, Louis (1822-1901).

René (1827-1887).

Peintres et écrivains, les frères Ménard furent des habitués de ] ‘auberge Ganne ( 1); très liés avec Troyon et Th. Rousseau dont ils avaient été les élèves, ils finirent par s’installer à Barbizon. Le fils de René, Emile-René Ménard (1862-1930) continua la tradition familiale; c’est dans l ‘ancien atelier de Rousseau qu’il brossa ses grandes décorations de la Sorbonne et de l’Ecole de Droit (32).

MEN!.,;, Barthélemy (1815-1893).

Dès 1838, lors d’un séjour à Paris, se lie d’amitié avec les paysagistes de l’Ecole de Barbizon; à trois reprises il organise des expositions de leurs œuvres en Suisse. Venant en France ü l’occasion de J’Expo­sitoin cte 1867, il loge à Barbizon (.1. Brü schweilcr :

  1. Mcnn, 1960).

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MICHALLON, Achille Etna (1796-1822).

Un des premiers parmi les peintres qui allèrent travailler dans la forêt de Fontainebleau. Un hêtre situé près de Chailly, à droite en allant à Fontai­nebleau, portait son nom parce qu’il « l’affection­nait et en avait fait plusieurs études.. » (40).

MILLET, Jean-François (1814-1675 ).

Fuyant le choléra qui sévissait à Paris, Millet arrive en 1849 à Barbizon, il s’y installa très rapidement et ne le quitta que pour quelques voyages. Il s’y maria· (4 et 3); six de ses enfants y naquirent (4 et 3) et il y mourut (4). La plus grande partie de son œuvre est inspirée par Barbizon.

MONET, Claude (1840-1926).

Travailla souvent dans la forêt de Fontainebleau entre 1863 et 1870, soit seul, soit avec ses camarades Renoir, Bazille, Sisley. C’est à Chailly qu’il exécute en 1865 le « Déjeuner sur l’herbe », toile immense (environ 6 111. 40 x 4 m. 65) pour laquelle pose Bazille et peut-être Courbet ( H. Adhémar : Modifi­cations apportées par Monel à son « Déjeuner sur l ‘herbe » de i865 à J 866; dans le Bulletin du Laboratoire du Musée du Louvre, n°3, juin 1958). li ne le termina pas et se contenta d’envoyer au Salon de 1866 un portrait et une « route en forêt dt Fontainebleau ». W. Burger, l’ami de Th. Rousseau, fit l’éloge de cet « effet du soir avec le soleil illuminant les grands arbres de l’allée de Barbizon ».

MONFREID, Georges Daniel de (1856-1929).

Un registre de l’auberge Ganne nous apprend que du 23 février au 2 mai 1876 a séjourné à Barbizon:  » Georges de Monfreid né à New-York – agé de 20 ans – peintre – demeurant à Paris » ( l ). Cet artiste est-il celui connu par son amitié pour Gauguin et qui serait né à Paris ? Il ne faut pas oublier que la fantaisie n’est pas absente de certaines inscriptions – J’.M. de Hérédia ne se déclara-L-il pas « proprié­taire d’esclaves » ? – et le premier tableau que G.D. de Monfreid présenta au Salon – et qui fut refusé – était justement un « Crépuscule en forêt de Fontainebleau ».

MONTICELLI, Adolphe (1824-1886).

Diaz qui avait, en 1856, un atelier voisin du sien ! ‘entraîna peindre dans la forêt de Fontainebleau. (G. Bazin: Monricelli et le baroque provençal, e xposition, 1953).

MUNKACSY, Mihalv ( 1844-1900).

Un des plus grands peint rcs hongrois du X LXine siècle. travailla avec son ami de Paal à Barbizon

(B. Lazar : Ladislas de Paal, ,904). Au Musée de Budapest sont conservés des tableaux qu’il a exécu­tés dans la région.

NANTEUIL, Célestin (1813-1873).

Arriva chez Ganne le 10 septembre 1849 (!), ainsi que Thomas Couture. Habitué de l’auberge au dire de Pigeory (8). il contribua à sa décoration (7). Fut de ceux qui accueillirent Millet (15).

OUDINOT, Achille (1820-1891).

Paysagiste, élève de Corot et professeur de Berthe Morisot, il a séjourné en septembre 1856 à l’au­berge Ganne (!).

PAAL, Ladislas de (1846-1879).

Hongrois ami de Munkacsy qu’il rejoignit à Paris en 1872. Enthousiaste des œuvres de Corot, Troyon, Daubigny, il s’installa en 1873 à Barbizon et y demeura jusqu’au moment ou son état de santé le retrancha du monde (1877). De nombreux tableaux ayant pour sujet Barbizon ou sa région sont con­servés dans les collections hongroises. (B. Lâzâr Ladislas de Paal 1904).

PAPELEU, Baron Victor de (1810-1881).

Peintre et amateur belge, séjourna chez Ganne en octobre-novembre 1855 (]); fut l’un des organisateurs des fêtes de la noce de Louise Ganne en mars 1859 (15). Finit par passer une bonne partie de ! ‘année à Barbizon. li fit beaucoup d’études et ouelques tableaux de la forêt (21 ). Exposait chez Siron (42).

PENNE, Olivier de (1831-1897).

Peintre de vénerie, mort à Marlolte, Olivier de Penne fut un des habitués de ! ‘auberge Ganne vers 1853- 1858 ( 1); son dessin de la décoration pour la fête patronale en 1858 illustre l’article de la Fizelière (7). li s’installa dans une maison de la Grand Rue ou Barye lui succéda en 1867 (30).

PISSARRO, Camille (1830-1903).

Bien que Pissarro ne soit pas habituellement nommé parmi les Impressionnistes qui fréquentèrent la forêt de Fontainebleau, et que le catalogue de son œuvre ne fasse pas mention de toiles exécutées là, il semble que lui aussi, ait travaillé dans « le grand atelier des paysagistes ». Bernheim de Villers (Petites histoires sur les grands artistes, 1940) l’y évoque et dès 1876 F. l lcn rict (77) signale qul~. fi Chailly, « on peut relever sur les peintures qui décorent l’auberge du père Barbette les noms de

quelques peintres de talent, en tête desquels nous citerons de Vuillefroy et Pissaro (sic), un des plus sympathiques et des plus délicats du groupe des excentriques. »

REDON, Odilon (1840-1916).

Un passage de « A soi-même » a été écrit à Barbizon en mai 1875, où d’après ses carnets, Redon aurait séjourné du 8 mai au 23 juin 1875 (renseignement aimablement communiqué par M. Ary Redon). Il est inscrit sur les registres de l’auberge Ganne comme y ayant séjourné du 23 au 26 mai 1874 et du 8 au 12 mai 1875 (1 ).

RENOIR, Auguste (1841-1919).

Comme ses amis Monet, Bazille, Sisley, Renoir travailla souvent dans la forêt de Fontainebleau avant la guerre de 1870, séjournant soit à Chailly – ou il rencontra Diaz – soit à Marlotte. C’est à Chailly qu’il aurait peint « le couple Sisley », une des premières œuvres de grande dimension qu’il ait exécutée entièrement en plein air. (F Daulte:

Sisley, 1959).

ROBINSON, Thomas (1835-1888).

Américain, peintre paysagiste et animalier, séjourna à l’auberge Ganne en avril 1861 (1).

ROCHEGROSSE, Georges (1859-1938).

« Au comble de sa gloire il aimait le séjour de Barbizon » (30). Il y réunissait ses amis: Camille Mauclair, Schwob, Maeterlinck, Henri Bataille. Lugné-Poé , Ibsen. C’est à Barbizon qu’il composa les illustrations de « Salarnrnbo »; il fit un plan en relief de Carthage, d’après sa description par Flaubert, et le soir les invités confectionnaient des petites maisons tandis que Madame Rochegrosse aidée de Berthe Bady reconstituait le voile de Salammbô. (Valmy­Baisse: G. Rochegrosse, 1910).

noes, Félicien ( 1833-1898 ).

Il appelait Millet son « glorieux et vénéré maître » (J. Péladan dans F. Rops et son œuvre, 1897) et aurait séjourné chez Ganne, d’après une mention relevée par André Billy clans le registre des années J 861-1874 (32).

ROUSSEAU, Théodore (1812-1867).

Avec Millet, son ami, le plus grand peintre de l’Ecole de Barbizon. Enthousiasmé par la beauté de la forêt durant un séjour hivernal à Chailly (1833), Rousseau séjourna à différentes reprises chez le père Ganne (1) et participa au décor de l’auberge (7). Il s’installa vers 1846 dans une modeste maison ou il devait mourir en 1867.

SAAL, Georges (1818-1870).

Peintre de la Cour à Baden-Baden, il a peint des vues de la forêt de Fontainebleau. A séjourné chez Ganne du 27 septembre au 24 octobre 1858 (1).

SCHAMPHELEER, Edmund de (1824-1899).

Un des premiers paysagistes en date de l’école réaliste belge, a travaillé en Allemagne, en Hollande et en France, il a séjourné à Barbizon ( P. Haesaerts:

Histoire de la peinture moderne en Flandre, 1960).

SEURAT, Georges (1859-1891).

Vers 1882-83 il lit beaucoup d’études aux environs de Paris, notamment à Barbizon et à Chailly (H. Dora et J. Rewald: Seurat, 1959). Mentionné sur le registre de l’auberge Ganne du 6 au 10 octobre 1883, en même temps que Aman-Jean (1).

SISLEY, Alfred ( 1839-1899 ).

A résidé en 1861 à l’auberge Ganne d’après la mention relevée par A. Billy (32) « Sisley esq. Vingt deux ans ». Ainsi aurait-il été le premier des Impressionnistes qui ait fréquenté la forêt de Fon­tainebleau; il y reviendra, d’abord à Chailly et à

Marlotte avec ses camarades, puis après la guerre de 1870 à Veneux-Naclon et à Moret où il mourra. (F. Daulte: Sisley; 1959).

STEVENS, Alfred (1823-1906).

<< Ce Bruxellois, citadin, qui n’a peut-être jamais vu un arbre de sa vie » (89) fut un hôte assidu de l’auberge Ganne (8). Il y était en octobre 1851 (!).

SUTTER, David (1811-1880).

N~ à Genève, élève de Flers, il fut très lié avec Diaz et Th.Rousseau. li publia en 1858 un traité de « Philosophie des Beaux-Arts appliquée à la pein­ture » au sujet duquel Millet écrivit une longue critique à Babcock (Moreau-Nélaton). Il fit le 17 avril 186! une vente de 42 vues de Barbizon et de ses alentours.

1ROYON, Constant (1810-1865).

Très lié dès 1839 avec Diaz et Dupré, il demeura avant 1848 (< des saisons entières » chez Ganne (49); il avait orné les murs de l’auberge de grands dessins au fusain (80). C’est à Barbizon que se développa son talent de paysagiste (75). Les jours de mauvais temps il allait dessiner des études dans les fermes, ce qui fut le début de sa vocation de peintre animalier. (Gazette des Beaux-Arts, 1873, p. 333).

ZIEM, Félix (1811-1911 ).

Est chez Ganne ( l) du 13 octobre au 3 novembre 1853 (Daumier y passe du 10 au 20 octobre). Lié darnitié avec Théodore Rousseau, il fut un habitué des réunions du samedi. Propriétaire en 1866 d’une maison, il la vendit en 1868 à Charles Jacque mais devait revenir après la guerre de 1870 à Barbizon et y faire de longs séjours jusqu’à sa mort. Il avait songé à acheter le Moulin de la Galette pour le reconstruire

2— Le catalogue de Guy Isnard

ces brèves notes biographiques sont extraites pour la plupart du très remarquable catalogue établi par Guy Isnard, pour l’exposition organisée en 1975 à la Salle de Fêtes de Barbizon : « Barbizon , au temps de Jean-François Millet ».

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ANASTASI Auguste Paul Charles

St Omer 1827 – Paris 1877,
Elève de Corot.

A fait des lithographies d’après Rousseau, Diaz, Corot, Cabat, Dupré …

Pensionnaire de l’auberge Ganne dont il orne » l’un des douze panneaux d’une armoire énorme » (Mag. Pittoresque – 1863).

Participe au singulier accueil fait à Barye arrivant chez Ganne :

« … 011 le prit pour lm philistin et durant tout le repas, on lui décocha des plaisanteries sans remarquer la finesse de son regard et la malice de son sourire. Lorsque Mme Ganne vint dire, tout haut « que M. Théodore Rousseau attendait M. Barye » la confusion d’ANASTASI fut telle qu’il « en fut malade! »

(G. Gassies, op. cit.)
Il séjourna, notamment en 1852, à Marlotte. Anastasi devint aveugle vers la fin de sa vie.

Ses œuvres les plus intéressantes furent exécutées en forêt de Fontainebleau.

 Andresco Ion - 1880 Barbizon sous la neige - Bucarest .jpeg

ANDRESCO Ion

notice à faire

BARYE Antoine Louis

Paris 1796-1875
Ami de Rousseau, puis de Millet – très ilé avec Corot – il avait 63 ans lorsqu’il vint à Barbizon s’installer au 26 Grande rue, où, avant lui, habitait Olivier de Penne.

Déjà, en 1852 et en 1853, il avait fréquenté j’auberge Ganne. « … JI a fait à l’ombre des chênes, au milieu des rochers et au bord des mares de Fontainebleau, des observations et des études qui étonneraient Paul Huet, Corot, Jules Dupré et Th. Rousseau. Th. Silvestre: « Histoire des Artistes vivants »,

Plus connu du grand public pour ses sculptures d’animaux que pour ses peintures, il brossa cependant de nombreux paysa­ ges de la forêt de Fontainebleau, y introduisant curieusement des lions et des panthères. En novembre 1875, une exposition posthume de ses œuvres à l’Ecole des Beaux-Arts comptait 300 peintures et aquarelles.

En février 1876, à la vente après son décès, se trouvaient 73 peintures inspirées de la forêt, peintes pendant son séjour à Barbizon.

Gassies lui consacre dans son livre « quelques-unes de ses pages les plus émues» (G. Lafenestre : « Les Peintres de Barbi­ zon ». Revue Politique, 1906). Le 25 avril 1872, Millet écrivait à A. Bruyas : « c’est un des artistes les mieux taillés pour l’accom­ plissement des grandes choses »,

BELLY Léon Auguste Adolphe

St-Omer 1827 – Paris 1877 — Elève de Troyon, ami de Millet et de Rousseau, ce peintre qui voyagea en Orient, visita le Liban, la Palestine, l’Eqypte, aimait à venir à Barbizon.

Depuis 1849, il Y fit quelques séjours, plus fréquents à partir de 1862, car à cette époque il cessa ses voyages à l’étranger.On trouve trace de son séjour à l’auberge Ganne en mai 1849 et en mai et juin 1850.Indépendamment d’œuvres très académiques et notamment de sa grande peinture historique « Ulysse et les Sirènes  » (exposée au Salon de 1867) il a peint de charmants paysages. Jean Rousseau ( » Le Figaro « , Salon de 1816) va jusqu’à le préférer à Courbet.

« Les gros arbres noirs de M. Courbet, si régulièrement embranchés en pot ence el à angles droits, ont peut-être plus de caractère, mais conune les verts feuil/ages de M. Belly ont plus de légèreté! Comme l’air et le soleil s’y jouent plus libre­ ment, Comme la peinture est plus souple, plus vivante, plus réalisée enfin, bien que M. Bellv ne se pose pas en réaliste. »

 

BODMER Karl

Reinbach 1809 – Barbizon 1893 — Peintre et surtout graveur, il se fixa à Barbizon en 1849.

Il fréquenta l’auberge Ganne et acquit, en 1856 « … la maison de la mère Hervy, celle que Hunt avait louée pour y mettre ses chevaux. On dit qu’il l’a achetée 4000 [rs. Sensier et Jacque Ile son/ plus les seuls étrangers à la localité.proprietaires à Bar­ biron. En voici un beaucoup plus étranger encore qu’ils ne le sont, qui n’en est pas pour cela moins propriétaire qu’eux à Barbizon …

Dans cette maison habita ensuite Ziem et plus tard Georges Rochegrossc, peintre académique, illustrateur de « Salammbô ».

Un chêne du Bas-Bréau – un de ses sujets préférés – fut appelé « le Bodmer ».

A Billy (<< Nathalie ». p. 75) parle de deux chansons apportées par Bodmer : « Ronde Bosse » et « Le Scieur de long », repri­ ses en chœur, au refrain, par les autres peintres de Barbizon.

 

BOULANGER Louis Jean-Baptiste

Verzy (Marne) 1812-1878

Expose en 1845 des  » Vues de la forêt de Fontainebleau n.

A l’auberge Ganne avec Nanteuil lorsque Millet arrive à Barbizon. Il décore l’auberge.

(F. Jacque : « Le Livre d’Or de J.-F. Millet par un ancien ami ». 1891).

 

BRASCASSAT Jacques Raymond

Bordeaux 1804 – Paris 1867

Fut l’un des premiers pensionnaires de l’auberge Ganne (vers 1830). Une de ses lettres publiées par Jouin dans les « Nou­ velles Archives de l’Art Français,. (1900) nous apprend qu’il a séjourné chez Ganne en 1831. Gassies des Brulies pense que ce n’y fut pas son premier séjour.

Dès le Salon de 1831, il s’était spécialisé dans la représenta­ tion d’animaux de ferme.

Très affecté par l’opinion de Thoré-Burger qui, à J’occasion du Salon de 1845, considérait qu’il « tourne vers la nature, le petit bout de la lorgnette », il s’abstint d’exposer pendant dix ans ! Pourtant Brascassat connut le succès de son vivant au point que Baudelaire trouvait qu’on parlait trop de lui, alors qu’il existait  » dans la galerie des flamands beaucoup de ta­ bleaux du même genre tout aussi faits que les siens et plus largement peints, et d’une meilleure couleur. » (Salon de 1845).

 

BRENDEL Albert

Berlin 1827 – l!,,’eimar 1895

Après avoir étudié de 1845 à 1849 à l’Académie de Berlin, voyagé en Hollande et en France, il s’installe à Paris en 1851.

Elève de Th. Couture, il a, par lui, la connaissance de Barbizon et de ses peintres.

Il se Ile bientôt avec eux et participe à la décoration de l’auberge.

Considéré, par E. Chesneau, comme un « peintre de bergerie et 11011 de bergerades, où 1’011 sent l’âcre odeur de suint, nulle­ ment trivialement cependant,  »

« … La Prusse présente … une exposition plus nombreuse et plus riche, mais il faut reconnait re que plusieurs de ces artistes sont des parisiens de pur sang, ou tout au moins des français, M. BRENDEL, par exemple, qui peint les troupeaux à Barbizon »,

Ch. Blanc : « Exposition Universelle de 1867 » dans « Les Artistes de mon temps « , 1876.

 

BRETON Jules

Courrières 1827 – Paris 1905

Séjourne à Marlotte » une partie de l’été de 1857 -. Y fré­ quente Daubigny, puis à Barbizon qu’il qualifie de  » Bethléem de la peinture moderne » (en 1897 et en 1903, notamment.)

Il évoque Barbizon dans:  » Savarette  » (1898) et  » La Pein­ ture » (1904). Il cite Ch. Jacque dans » Nos peintres du siècle » (1899) et, dans » La Vie d’un artiste  » : Millet, Rousseau, Corot, Daubigny, Nazon …

Ses premiers sujets paysans datent de 1853.

Les critiques d’art le considéraient comme « le peintre officiel de la vie des champs ». Ils soulignaient le réalisme et la noblesse de ses figures semblables, en cela, à celles de Millet.

Ce dernier, considérait que Breton peignait « toujours dans le village des filles qui n’y restent pas », Il lui décernait cepen­ dant le titre de « maître de la peinture rustique ».

Jean Rousseau, critique du « Figaro» trouvait « dans presque toutes les toiles de M. Breton, une recherche assidue du carac­ t ère et de l’effet; c’est un effort vers le style qui manque aux paysanneries vulgaires; c’est un sentiment grave et profond de la poésie inhérente à la vie des champs. Presque toutes ses pay­ sonneries vous charment par une distinction qui n’a rien de munièré, ni de [aux.: »

(Salon de 1861, juin 1861).

Quant à Léon Lagrange, il reprocha à Breton et à Millet, d’ailleurs, « d’avoir atteint les limites de leur système ». Tenant de l’art académique, il estimait qu’il « reste encore, si M. Breton prend decidement la ligure pour objet principal de ses tableaux, li étudier le nu de plus près. » (!)

 

BRUANDET Lazare

Paris 1755 – 1804

Un précurseur de « l’Ecole de Barbizon ».

Expose en 1791 : « Vue prise dans la forêt de Fontainebleau»

« Le seul solitaire – disait-on – avec les sangliers, qu’on rencontrât dans la forêt ».

Lafenestre : « Les Peint res de Barbizon ».

Revue Politique, 1906.

« Poussé par une inclination singulière et que nous avons l’occasion de signaler pour la première fois chez W1 artiste, il s’avisait de peindre d’après nature … »

Michel : « La Forêt de Fontainebleau », 1909.

 

CABAT Louis Nicolas

Paris 1812 – 1893

Initié à la peinture « de paysage -. en opposition à l’art académique, par Camille Flers, il se lie avec Jules Dupré, lui aussi hostile au paysage classique.

Au printemps 1838 se rend à Barbizon et demeure « des saisons entières .. chez Ganne. Ami de Cicéri et de Nanteuil.

Il a laissé son nom à deux sites de la forêt : « la mare à Cabat  » et  » La roche Cabat  » sur laquelle les artistes avaient peint leurs noms en rébus:  » Une roue et un seau, un cabas …  » (F. Herbet :  » Dictionnaire hist. et art. de la forêt de Fontaine­ bleau ». 1903).

« Petit maître des cours familiers de la nature, un des premiers cl introduire dans ses paysages de marais et de grands arbres, une Ilote de vérité préparant au naturalisme », Geneviève Lacambre (Cat. de l’Ex. « Le Musée du Luxembourg en 1874 », 1974).

 

CARUELLE D’ALIGNY Claude Félix Théodore

Cbaunres (Nièvre) 1798 – Lyon 1871

L’un des « premiers combatant s » de l’Ecole de Barbizon « qui cherchaient à dégager des sites de Fontainebleau, les grandes lignes de ses déserts rocheux, son style et comme son côté permanent ».

Bouret « L’Ecole de Barbizon et le paysage français au x/x’ siècle », 1972.

Pensionnaire à l’auberge Ganne vers 1824, il se rendait » tous les ans » à Barbizon entre 1828 et 1840 (d’après Brascassat).

Il était très lié avec Corot qu’il connut à Rome.

Henri Murger ( » Adeline Protat ») le montre « émondunt toutes les folles végétal ions et râclant consciencieusement les mousses que tapissent les roches », avant de peindre.

 

CHABRY Léonce

Bordeaux 1832 — 1883

Elève de Troyon.

Habita Barbizon vers 1856 et se lia avec Th. Rousseau, Millet et Diaz.

 

Gravure de Chaigneau – Barbizon sous la neige

CHAIGNEAU Jean Ferdinand

Bordeaux 1830 – Barbizon 1906

Disciple de Charles Jacque, il se recommandait aussi de Brascassat.

Habite Barbizon en 1858 et devient propriétaire d’une maison à laquelle il donne le nom de « La Bergerie ». en 1870.

En 1867 organisa, dans une grange de Barbizon, une exposition des peintres refusés au Salon.

A la guerre de 1870 installe dans sa maison une ambulance.

Non reconnue par les allemands; car éloignée du front, il n’y vint que des francs-tireurs blessés par eux.

Ce peintre des moutons, s’est spécialisé dans l’eau-forte.

 

CHINTREUIL Antoine

Pont de Vaux (Ain) 1816 – Septeuil (5,·&-0.) 1873

Elève de Corot. Très lié avec Lavieille. Lui a rendu souvent visite à Barbizon. « Antoine Chint reuil, qui fut comme Cals et Hervier, mais à un moindre titre, un méconnu, compte parmi les peintres plus ou moins disciples de Corot, comme le plus préimpressionniste de tous. »

Georges Pillernent : « Les Pré-Impressionnistes », (Préface d’André Watteau).

« On ne décrit pas un paysage de Chin treuil, dit Champfleury, c’est une émotion. »

 

CICERI Eugène

Paris 1813 – Marlotte 1890

Laisse la peinture de décors pour la peinture de paysages. Séjourne à Marlotte et à Barbizon où il achète un terrain au lieudit « la Belle Marie» qu’il revendit à Ch. Jacque et où ce dernier établira son « entreprise de gallino-culture »,

 

COCK (César de)

Gand 1823 — 1904

Elève de Daubigny et de Français.

Inscrit sur les registres de Ganne en 1860, mais fréquenta Barbizon en 1853 où il travailla avec Daubigny et Diaz.

Ami de Corot .

 

COCK (Xavier de)

Gand 1818 – Deurle 1896

Entre 1852 et 1860 est domicilié en France.

Il passe l’hiver à Paris, l’été à Barbizon. (Chez Ganne en 1853), Introduit des animaux dans ses paysages.

Au Salon de 1861, très injustement, le critique du {( Figaro » ne sut pas apprécier la clarté de ses éclairages, sa facture souple, ses coloris subtils :

« La peinture de M. Xavier de Cock fond littéralement « . la couleur est lavée et inconsistante, le modelé se noie, la forme s’efface. »

 

COOSEMANS Joseph Théodore

Anvers 1828 – Schaerbeek 1904

Forma en Belgique avec Hlppolyte Boulenger un groupe d’ar­ tistes travaillant d’après nature « l’Ecole de Tervueren » qualifiée par Thoré de « Barbizon belge »,              .

Séjourna à Barbizon.

A l’Exposition de 1900, expose un paysage de la forêt de Fon­ tainebleau : « Fin d’automne » au sujet duquel, Léon Greder écrit : « Sa forêt dépouillée de feuilles est une vraie forêt de l’Ile de France, dans le ciel gris et mouvementé; signe d’une averse prochaine, les arbres tortillent leurs branches dénu­ dées au-dessus des ronces et des ajoncs Touillés. »

(( Loisirs d’Art », 1901),

 

COROT Jean-Baptiste Camille

Paris 1796 – Ville d’Avray 1875

Peint dans la forêt de Fontainebleau avec Caruelle d’Aligny et Bertin, en 1822. Il les rejoint en 1825, à Rome, à la Villa Médicis et les retrouve en 1829 et en 1830, à Marlotte, puis à Chailly, en août 1835,

En 1832, il est un des habitués de l’auberge Ganne et, d’après Brascassat, participe à sa décoration.

Corot revint à plusieurs reprises à Barbizon, entre 1834 et 1843.

Aux Salons de 1831,1833,1834 il expose, à côté de souvenirs d’Italie, des vues de la forêt de Foritalnëbleau.  »

Lié avec Rousseau et Barye, il se joint à eux lors de réjouls­ sances ; chante et danse, apprenant à l’assistance la « danse des bouteilles -. décrite par Moreau-Nelaton et Gassies.

Il est, vers 1855, l’hôte de Decamps à Fontainebleau pour lequel il peint les « Heures du Jour » (4 panneaux). En 1859, il est témoin, avec Rousseau, au mariage de Louise, fille de Ganne, avec le peintre Eugène Cuvelier.

Il revient à Fontainebleau en 1865 et s’installe chez son ami Comairas.

En 1872 fait des « études  » à Barbizon. En septembre 1873, E. Michel dit qu’il le rencontra peignant au Bas Bréau, « le Bodmer» (<< La Forêt de Fontainebleau -, 1909).

Il est curieux de constater que les critiques de l’époque considéraient que le trait dominant de la peinture de Corot était … la naïveté! Beaudelaire y ajoutait « l’originalité » (Salon de 1845) .

«C’est tille peinture naïve et harmonieuse dans une gamme très débile» écrivait Thoré, à ce même Salon.

En 1855, il reprenait ce jugement: « Il apporte dans un genre de conventiOlt, une naïveté presque enfantine »,

Au Salon de 1857, J. Rousseau estimait : « c’est le grand symphoniste du paysage. Ses tableaux sont des concerts; pas un son discordant, pas une fausse note … La première qualité de Corot c’est la parfaite unité de l’impression, »

Ce même critique – tout en louangeant avec la même perspi­ cacité le talent du maître modifiait son appréciation sur « la première qualité de Corot » : « … ce qui caractérise le procédé de Corot c’est l’économie et le choix du détail »,

 

COURBET Gustave

Ornans 1819 – La Tour de Peilz 1877

Ne fut pas un « barbizonnais » mais fréquenta la forêt de Barbizon et connut ses peintres. Dès 1841, il peint des vues de la forêt, notamment franchard (G. Riat : « G. Courbet» 1906). Il retourne souvent en forêt jusqu’à la veille de 1870.

Dans le livre sur « Grigoresco » par Opresco, une photogra­ phie, prise à Barbizon en 1866-67, le représente avec Corot et Millet et d’autres artistes non identifiés.

Il se trouve avec Monet à Chailly. en 1865. D’après H. Adhémar, il serait le personnage assis du .. Déjeuner sur l’herbe -. peint dans ce village. IBul. du M. du Louvre, n° 3, juin 1958).

A peint des paysans et des villageois d’une manière très réaliste. (Au sujet de ce réalisme, voir son manifeste, écrit à l’occasion de son exposition au Hond-Polnt de l’Alma, en 1855.)

 

DAUBIGNY Charles François

Paris 1817 – 1878

A Barbizon en 1843 et « entre 1861 et 1874 » à l’auberge Ganne.Acquiert une maison dans la Grande rue de Barbizon (ancienne ferme Fouché-Coquart, aujourd’hui « Hôtel des Pléiades .).

Il fréquenta les artistes de Barbizon et fut très lié avec Corot. Il exposa ses œuvres à l’auberge Siron.

En 1844, présenta au Salon son premier paysage de la forêt de Fontainebleau : « Le Carrefour du Nid de l’Aigle ».

En 1856, séjourna à Marlotte avec Jules Breton.

Th. Gauthier, insensible à sa manière synthétique et à sa facture souple, estimait que ses tableaux n’étaient que des « ébauches  » des  » impressions et qu’y sont négligés les détails. ( » Abécédaire du Salon de 1861 ,,).

Baudelaire écrit : « La nature est exploitée par les peintres; M. Daubigny lui, se sacrifie à la nature. Devant elle, il oublie tout, et le public lui-même. Jamais, il ne caressera les goûts vulgaires par la coquetterie, le léché ou le brio de son exécu­ t ion … » Pour lui les tableaux de Daubigny se distinguent par « un air de jeunesse indéfinissable, quelque soit le site ou l’effet représenté … Daubigny met en scène toute la nature, rien que la nature. »

Le fils de Ch. F. Daubigny travailla aussi en forêt de Fontaine­ bleau. Au Salon de 1868 il exposa: « Le Plateau de Belle Croix ».

 

DAUMIER Honoré

Marseille 1808 – Valmondois 1879

Ami de Diaz, de Cabat et de Paul Huet i.I se lia ensuite avec Millet, Rousseau et Barye et deviendra un habitué de Barbizon.

Il se trouve chez Ganne du 10 au 20 octobre 1853. Le 21 sep­ tembre 1856, il est témoin au baptème du fils de Millet: Jean François (Mme Daumier est la marraine et Th. Rousseau le parrain.)

Dessinateur, caricaturiste, sculpteur, lithographe, Daumier fut aussi un peintre important (( c’est surtout à partir de 1848 que Daumier fit acte public de peindre » L. Hautecœur) « puisque l’on dénombra 94 tableaux à sa rétrospective de 1878 et parmi ces tableaux des toiles montrant, bien avant Millet, des paysans dans un paysage» (J. Bouret, op. cit.)

En 1855, il devait illustrer les personnages des « Fables » de La Fontaine, Rousseau se réservant «, les solitudes ». forêts et étangs; Millet, les paysans; Dupré, les fermes et les champs; Barye, les animaux; Diaz, « le caprice »; Delacroix, les person­ nages fabuleux. (En définitive, seuls s’exécutèrent: Diaz, qui fit « Le chêne et le roseau » et Millet : « Phoebus et Borée ».)

« Ratapoil, personnage créé par Daumier pour lutter contre les campagnes menées en faveur du Prince Président, est mondiale­ ment connu et admiré. Quand il vit cette sculpture, Michelet s’écria: « Ah! vous avez atteint en plein l’ennemi! Voilà l’idée bonapartiste à jamais pilorisée par vous .. »

 

DECAMPS Alexandre Gabriel

Paris 1803 – Fontainebleatr IBM

Après avoir été J’hôte du « Cheval Blanc » à Chailly, où il se trouvait en 1846, il habita Fontainebleau.

Ami de Corot, de Barye et de Huet, il rendait souvent visite à Millet à Barbizon et fréquentait les « peint’à Ganne »

Baudelaire lui trouvait  » un talent solitaire et original •.

Thoré, le comprenait au nombre des 5 D: Delacroix, Dupré, Diaz, Delaroche: les » artistes à la mode ».

Les oeuvres de Decamps de « l’Ecole de Barbizon » représen­ tent surtout des scènes de chasses à courre qu’il suivait avec passion. Il trouva la mort au cours de l’une d’elle, près de la Croix du Grand Veneur.

Ses paysages de la forêt de Fontainebleau sont très rares du fait que la maison de Mme Decamps, où elle conservait, en souvenir, les oeuvres de son mari, a été détruite par un obus, lors du siège de Paris, en 1870.

 

DELPY Hippolyte Camille

Joigny 1842 – Paris 1910

Elève de Corot et de Daubigny.

A peint souvent les mêmes sujets que ce dernier et. notamment, des vues de la forêt près de Barbizon.

« Ses paysans sentent le terroir, 011 y reconnaît la fougue de ses maîtres et leur bel agencement du tableau, ses figures sont d’un dessin correct « , estime A. M. de Belina : « Nos peintres dessinés par eux-mêmes » (1883).

 

DESGOFFE Alexandre

Bercy 1829 – Paris 1900

Elève de Corot.

Peint dans la forêt de Fontainebleau et séjourne à Barbizon. Reproduit souvent des scènes rustiques peuplées d’animaux domestiques.

 

DESGOFFE Alexandre

Paris 1805 – 1882

Elève de Caruelle d’Allqny.En 1888, Louis Flandrin, son biographe, le cite parmi les fondateurs de l’Ecole de Barbizon.

On trouve trace de son passage à l’auberge Ganne de 1849 à 1850.

Il utilisa pour ses paysages historiques des études faites à Barbizon, où il serait venu » avant 1830 « .

« Il faisait partie des peintres idéalistes … Son talent austère lui valut d’être choisi par Ingres comme collaborateur ».

Miquel «L’Ecole de la Forêt ».

 

DIAZ de la PEÑA Narcisse Virgilio

Bordeaux 1807 – Menton 1876

En 1836, fait la connaissance de Rousseau, dont il devient le disciple et l’ami. Il reçoit ses conseils et peint avec lui dans la forêt de Barbizon.

Il travaille aussi avec Troyon.

En 1837, expose au Salon :  » Vue prise dans les gorges d’Apremont ».

Il habita à Barbizon une ancienne ferme située à l’angle de la Grande rue et de la route de Macherin (aujourd’hui  » Le Relais de Barbizon »).

Ami de tous les peintres, il fréquente aussi l’auberge Ganne qu’Il décore d’un » Repos dans la forêt» et d’une guirlande de ros~s peinte au-dessus d’une glace.

Il est parrain au baptême de Charles Louis Emile Millet, le 4 août 1861.

Sans partager l’enthousiasme de Jules Claretie qui le qualifia de Corrège de Barbizon » on peut admettre cette opinion de Burt y :

« Sans avoir atteint la puissance de Th. Rousseau, ni la poésie de Corot, ni l’émotion de Dupré, Diaz prend rang parmi nos maîtres. C’est un paysagiste de la plus rare élégance. Il est l’artiste qui a eu le sentiment le plus précis du charme et des coquetteries de la forêt de Fontainebleau. JI ne l’a pas vue grande. JI l’a sentie délicieuse ».

Billy le considérait comme un impressionniste « avant la let/re », « /1 est né trente ans trop tôt; il eût été le premier peintre de sa génération. De l’Ecole de Barbizon, il est celui que préfèrent les amateurs d’art moderne. »

(Les Beaux Jours de Barbizon).

 

DUPRÉ Jules

Nantes 1 S l l – L’Isle Adan! 1 HH9

Ami de tous les peintres du Groupe de Barbizon avec lesquels il expose.

En 1834, avait fait la connaissance de Rousseau qui devint son ami, mais avec lequel il se brouilla par la suite.

Lié avec Troyon, Daubigny, Cabat et Decamps. 11 manifesta pour Millet la même admiration qu’il avait pour Rousseau. (Dans une lettre à Montrosier, du 27-1-1875, il fait un vibrant éloge de Millet qui vient de mourir).

« Vers 1830, UII l’il tout il cou p des b an des d’uvent uriers qui s’eni parèrent de I{/ nat ure el de la poésie et renversèrent l’an­ cienne royauté. Decamps, Cabut , Paul Huet , Jules Dupré, Rous­ seau.. furent les chels de celle révolution ».

  1. Burger «Salun de 1847 ».

 

DUPRÉ Léon Victor

Limoges 1816 – Paris 1879

 

DUTILLEUX Constant

Douai 1807 – Paris 1865

A Barbizon à partir de 1851. Il Y revient chaque année. En 1855 y amène tous ses élèves. (II avait ouvert un atelier fréquenté par plus de 200 élèves et dont Millet, Diaz (entre autres) étaient membres honoraires).

Satellite de Corot, avec lequel il est très lié depuis 1848, travaille avec lui en forêt de Fontainebleau,

Vers 1849, Dutil.leux et Grandguillaume (‘ancien professeur de dessin à Arras qui s’occupait de photographie) eurent ridée de produire un dessin sur verre rendu opaque, dont on pourrait tirer ensuite des épreuves photographiques.

Dutilleux entreprit les premiers essais vers cette époque et c’est en 1853 qu’il proposa à Corot de faire un dessin par ce procédé. C’est ainsi que le maître exécuta soixante et un clichés de 1853 à 1874, à Arras, chez Dutilleux. puis chez Cuvelier et, enfin, chez le peintre Desavary. gendre de Dutilleux.

Ce procédé devait être employé par d’autres peintres, notam­ ment par Delacroix (lettre à Dutilleux du 7 mars 1854, publiée par Burt y, Il p. 103).

Documentation d’André James.

En 1865, invité par Corot à Marlotte, chez le père Antony, il meurt d’une congestion dans le train qui l’amène de Paris. (G. Gassies : op. cit.)

175 LETTRE autographe de Constant Dutilleux, signé : CD. à Charles Desavary, datée : «mercredi matin» (en 1861), envoyée de Fontainebleau.

« . » Nous allons tout à l’heure quitter la forêt magnifique encore hier, mais que la forte gelée de cette nuit a tuée toute vivante. Nous rentrons à Paris …

« Tu es tout à fait à même d’exécuter le tableau dont tu me parles surtout venant de faire la copie de St Jean-Baptiste … Les études sont finies 2 sur 40, plus fortes que celles de l’amiée dernière. C’est Corot, Huet et autres qui le disent, je n’ai qu’à m’incliner et me réjouir. Enfin je vais à l’instant mettre la dernière main à un petit fond de boîte et puis je m’en vais, sinon sans regret, du moins sans reproche.

« Mardi prochain nous aurons à dîner Corot, Huet et les Sache: … »

(Papier frappé d’un cachet portant : « Thion Boulangerie, Graineterie, Grande Rue, 27, Fontainebleau, »)

Collection A. Jammes,

 

FLERS Camille

Paris 1802 – Annet 1868

Cet habitué de Barbizon fut le maître et l’ami de Cabat et le compagnon de Decamps et de Huet.

Fournel considère qu’il est:

« un des premiers artistes qui s’avisèrent d’aller découvrir la nature dans la forêt de Fontainebleau. »

«< Les Artistes Français Contemporains », 1884).

Il publia dans « L’Artiste », un traité du paysage au pastel qui lui valut alors une certaine notoriété.

 

FRANÇAIS François Louis

Plombières 1814 – Paris 1897

Un des premiers clients de l’auberge Ganne. Il participa à sa décoration.

Vers 1840, fit connaissance de Rousseau, par l’intermédiaire de Thoré. « Il présenta Rousseau et Millet à M. Hartmann qui deviendra le mécène attitré des deux artistes ».

(P. Miquel: « L’Ecole de la Forêt »).

Très influencé par Corot et Daubigny. Chamfleury le tenait « en grande- estime ».

Au Salon de 1846, Baudelaire note que: « M. Français est un des paysagistes les plus distingués. Il sait étudier la nature el y mêler un parfum romantique de bO,1 aloi. »

 

GASSIES Georges Jean-Baptiste

Paris 1829 – Montluçon 1919

Il quitta Chailly, où il s’était installé, pour rejoindre les peintres de Barbizon. Il est à l’auberge Ganne dès 1852.

En 1863, il acheta « la dernière maison de Barbizon près de la forêt »

« M. Cassies est un peintre, un bon peintre, que sa modestie et sa solitude ont tenu, comme tant d’autres, à l’écart des fabriques de la renommée … Il fut l’admirateur, le compagnon, le voisin des maîtres installés dans le hameau Th. Rousseau, Millet, Jacque, Diaz, Bodmer, Ziem … Il a vu passer dans l’au­ berge Canne, puis il l’hôtel Luniot , puis à l’hôtel Siran, tous les artistes français et étrangers, gens de lettres, amateurs, dont le nombre n’a cessé de s’accroître. »

Georges Lafenestre Politique, 1906).

« Les Peintres de Barbizon » (Revue

Le nom de Georges Gassies sera très souvent cité dans ce catalogue, car il n’est pas possible de parler de Barbizon et de ses peintres sans avoir recours à son ouvrage: « Le Vieux Barbizon. Souvenirs de Jeunesse d’un Paysagiste. 1852-1873 » (1907).

 

GRIGORESCU Nicolas Ion

Pitaru 1838 – Câmpina 1907

A séjourné à Barbizon de 1862 à 1867, notamment à l’Hôtel des Artistes, puis à Marlotte, entre 1867 et 1869.

Il exposa au Salon des Artistes Français en 1869 et participa, la même année, à l’exposition des peintres de Fontainebleau.

Il est considéré comme « le chef de file de l’art indépendant roumain « .

Il s’était épris d’une fille de Millet et ne voulut pas revenir à Barbizon, se jugeant indigne d’épouser la fille d’un « grand artiste» (Ionel Jianu :  » Grigorescu « ).

 

HARPIGNIES Henri Joseph

Valenciennes 1819 – St-Privé (Yonne) 1916

Celui que pompeusement Anatole France nommait « le Michel­ Ange des arbres  » ( » La Vie Littéraire « , 1933) séjourna à Barbizon.

Il fut l’ami de Troyon, de Corot (dont il subit l’inf.luence) et de Ziem.

A Marlotte, il fréquenta Henri Murger.

 

HERVIER Adolphe

Paris 1818 – 1879

A peint dans la forêt de Fontainebleau et à Barbizon.

Ce  » petit maître oublié » (Bouyer : Gazette des B. Arts, 1896) considéré comme l’un des peintres les plus proches de l’impres­ sionnisme, s’est spécialisé dans l’aquarelle et dans l’eau-forte.

Malgré les encouragements des critiques: Champfleury, Burt y et Th. Gautier (qui parle de son » mordant » et de « sa touche brillante ,,) ainsi que l’aide de Corot, il ne connut pas le succès de son vivant.

 

HUET Paul

Paris 1803 – 1869

Il fut l’un des premiers pensionnaires de Ganne. Il a peint pour lui, notamment, une  » Percée de forêt  » et a participé à la décoration de l’auberge.

Il’ a planté son chevalet aux Gorges d’Apremont et au Bas Bréau.

En 1851, se trouvant à Chailly, il écrivait à sa femme:  » J’ai. pour me rendre au premier arbre, juste une demi-lieue, ce qui explique comment on va s’entasser à Barbizon « .

( » P. Huet, d’après ses notes » par René Paul Huet, 1911). En 1855, il séjourna à Fontainebleau. Il peignit avec Decamps et Barye, ses » amis de jeunesse « .

Th. Gautier qui le considérait comme le « premier paysagiste romantique » louait sa « faculté d’exprimer le sens général d’un

sile »,

Présenté comme un révolutionnaire du paysage, il répondait:

« Peindre un soleil couchant ou un effet de pluie paraissait alors, et était en effet, une grande révolution. »

Au Salon de 1861, le critique Jean Rousseau le constatait aussi :

« Voici qui sort tout à fait des traditions du paysage moderne. Ce n’est plus une étude brin d’herbe à brin d’herbe. L’imagina­ tion se mêle à la chose observée, le site est dramatisé, comme s’il s’agissait d’une scène humaine … l’admire cette originalité, cette invention, cette verve pittoresque … M. Paul Huet est le maître romantique du paysage moderne.  »

 

JACQUE Charles Emile

Paris 1813 – 1894

C’est en 1849 qu’il arriva à Barbizon y amenant Millet dont il était l’ami.

Charles Jacque « tient une grande place dans l’histoire du village de Barbizon » constate, très justement. Gassies des Bru­ lies. Il y attira de nombreux artistes et fit de nombreux élèves.

Sa prédilection pour les sujets de bergerie lui valent le titre de « Raphaël des moutons « .

Il exposa au Salon de 1861 « Intérieur de bergerie », œuvre qui fut très remarquée. Au Salon de 1888, ce fut un « véritable triomphe » qu’il remporta avec » Le Grand Troupeau « .

(Coll. Chrysler Junior, USA.)

Réputé comme graveur, il exposa des eaux-fortes au Salon. à partir de 1845.

Ce fut aussi un brillant caricaturiste :

« Jacque, l’excellent artiste, à l’intelligence multiple, a été aussi occasionnellement un recommandable caricaturiste. En de­ hors de ses peintures et de ses gravures à l’eau-forte, où il s’est montré toujours grave et poétique, il a fait de fort bons dessins grotesques … Il dessine richement et spirituellement, et sa cari­ cature a, comme tout ce qu’il fait, le mordant et la soudaineté du poète observateur. »

« Ch. Jacque déploya un grand talent dans ses bergeries et ses basses-cours. Il en connut admirablement les mœurs et les figures qu’il rendit parfois d’un pinceau un peu triste… mais toujours d’un juste caractère. Des artistes qui l’ont connu ont affirmé que parfois son influence a eu de l’action sur Millet et sur Rousseau lui-même. »

Jules Breton: « Nos peintres du Siècle» (1899).

225 LETTRE autographe de Charles Jacque, signée, non datée.

« … je peux faire ici des essais très intéressants. Vous aurez bientôt la description des terrains qui sont à ma disposition, pour des essais de plantes mais je voudrais élever une gallinacée très précieuse d’un prix élevé et d’un bon avenir. l’espère que vous m’en fournirez bien les etalons, Le prix n’y fera rien … »

Anc. Collection : Janine Naert, Librairie Saffroy.

Collection Mairie de Barbizon.

Charles Jacque dans son atelier parisien.

Sur le chevalet une grande composition Le grand troupeau acquise plus tard par la Fondation Chrysler aux U. S.A. (Doc. photo. de 1889.)

Les poulaillers et les asperges

Charles Jacque avait installé à Barbizon un élevage important de coqs et de poules de toutes races. Il écrivit un livre: « Le Poulailler » (texte et dessins de Ch. Jacque, gravures sur bois de A. Lavieille), jugé très documenté, sur la question. Il remplaça, plus tard, cet élevage par une culture d’asperges.

Ses expériences avicoles ne l’empêchèrent nullement de pein­ dre ses paysages bucoliques agréablement peuplés de moutons.

 

KNAUS Ludwig

Wiesbaden 1829 – Berlin 1910

En France de 1852 à 1860.

Se trouve en 1855 à Barbizon où « il se levait à trois heures du matin pour aller travailler d’après nature  » (G. Gassies : op. cit.)

Ami de Munkacsy.

Il étudia les « types du pays » et représenta le père Ganne, en garde champêtre, dans une scène :  » Les Bohémiens » (gravée pour le « Magasin Pittoresque », 1856 et reproduite dans ce catalogue p. 41).

Charles Blanc, rendant compte de l’Exposition Universelle de 1867, retient spécialement Knaus « dans la peinture de genre» et cite deux de ses œuvres, dont « Le Saltimbanque » (sujet pour lequel il avait une prédilection).

«< Les Artistes de mon temps », 1867).

 

KNYFF (le Chevalier de) Albert

Bruxelles 1819 – Paris 1885

Fréquenta Barbizon. (II figure sur le registre des pensionnaires de Ganne, en avril 1861.)

Ami et disciple de Corot, il se lia avec Millet et Rousseau dont il devint l’élève.

Il exposa les œuvres de Millet dans son atelier et lui acheta « La Batteuse de beurre ».

Installé, par la suite. à Fontainebleau il y reçoit avec faste ses amis :

« Nous avons dîné chez. de Knvi] où nous avons été reçus comme des princes, selon l’expression de Diaz : » (Lettre de Millet à Sensier, 22 août 1865).

Il assista à l’enterrement de Rousseau.

de Knyff « ami d’Alfred Stevens, appartient avec Coose­ mans, les frères de Cock, au petit groupe des peintres belges qui gravitent aLllour de l’Ecole de Barbizon. »

Haesaerts : « Histoire de la Peinture moderne en Flandre ». (1960).

 

LAFENESTRE Gaston

Melun 1841 – Barbizon 1877

« Un des fidèles de chez Siron fut l’aimable Gaston Lafenestre qui avait appris de Ch. Jacque à peindre des moutons et qui fut un des ses bons élèves  » (G. Gassies).

Il habita longtemps Barbizon qu’il quitta pour aller résider, quelques années, à Roscoff.

En 1864, alors qu’il se trouvait à Barbizon, il présenta trois œu­ vres à l’exposition des Beaux-Arts de Melun.

A partir de 1866, il exposa régulièrement au Salon.

A la guerre de 1870, il est lieutenant de garde mobile à Barbizon.

 

LAVIEILLE Eugène Antoine Samuel

Paris 1820 ~ 1889

Après avoir séjourné, à de nombreuses reprises, chez Ganne et décoré son auberge, il habita à Barbizon, dans la Grande rue, pendant plusieurs anées.

Grand ami de Corot, dont il est le disciple préféré, fréquente aussi Anastasi, Chintreuil, Daubigny, Rousseau, Diaz. il est témoin au mariage de Millet.

D’après A. M. de Belina : « sa misère finit le jour où il connut Millet, Bodmer et Jacque» «< Nos peintres dessinés par eux­ mêmes ». 1883).

A l’occasion du Salon de 1855, où il expose : « BarbiZOI1 en janvier », Baudelaire écrit: « Eugène Lavieille est un parisien de beaucoup d’esprit qui passe l’année à Barbizon au milieu des bois. »

Baudelaire remarque Lavieille parmi les élèves doués de Corot, au Salon de 1859 :

«    … Depuis quelques années, les paysagistes ont plus fréquem-

ment appliqué leur esprit aux beautés pittoresques de la saison triste. Mais personne ne les sent mieux que M. Lavieille. Quel­ ques-uns des effets qu’il a souvent rendus me semblent des ex­ traits du bonheur de l’hiver. Dans la tristesse du paysage, qui porte la livrée obscurément blanche et rose des beaux jours d’hiver à leur déclin, il y a une volupté élégiaque irrésistible que connaissent tous les amateurs de promenades solitaires.  »

Baudelaire : « Les Salons » (p. 1080).

2 3 2 LETTRE autographe de Lavieille à un ami, signée et datée

(17 septembre 1852) « A Barbizon, près Chailly, par Melun (Si-s-Marne) »

« Mon cher ami,

Nous sommes enfin installés, ça n’a pas été sans peine et tri­ bulation; bien m’a pris de venir le mois dernier, j’ai pu profiter au moins, pour les occupations de l’emménagement, des quelques longs et beaux jours d’août.

« Notre maison est sinon belle, au moins à peu près conforta­ ble. J’ai, quant à moi, un atelier plus beau que celui que j’ai laissé à Paris, il est aussi grand et de plus j’ai une vue dont tu pourras aisément te faire une idée, quand tu sauras qu’indé­ pendamment de mon jardin et de la campagne, je vois encore la lisière du splendide Bas Bréau. Je peux étudier, sans sortir de chez moi; en me reculant de mon chevalet je vois alors la belle et bonne nature âu Bon Dieu.

« J’ai repris mes tableaux laissés de côté au milieu des em­ barras de ce déplacement. On nous a dit que le Salon prochain était annoncé et que SOI1 ouverture était fixée au 1er mars 1853. C’est donc une pioche, mais une gentille pioche qu’il faut em­ ployer pour arriver à cette exibition, j’aurai, je l’espère, les trois tableaux promis.

« As-tu des nouvelles de Monsieur Corot. Sais-tu où il est ?

S’il est à Paris, dis-le moi, je te prie. Je désirerais le mettre au courant de ma nouvelle existence, en attendant fais lui mille amitiés pour moi … Je t’envoie ci-joint les notes concernant la vie de Michel Sensier, on a le double. Je ne sais, puisqu’il avait l’intention d’en faire usage, s’il ne serait pas bon que tu le visses pour cela, dans le cas où cette démarche te contrarierait, il est bien entendu que tu t’es procuré ces notes ailleurs que par moi, sa fille et sa femme habitaient la même maison que moi, rue de Bréda 28. Tu as connu Lecointe, le prix de Rome, tu peux avoir connu Gabé … Vois-tu Diaz, ne le perd pas de vue ! …

… J’attends toujours, hélas, des nouvelles du Ministère et elles ne viennent pas vite, on m’a cependant bien promis que mon tableau était acheté et bien que je compte sur la parole qui m’a été donnée, je suis très inquiet et commence à être fort gêné … »

Ancienne Collection J. Naert.

Collection Mairie de Barbizon.

 

LEDIEU Philippe

Quincy (S.-&-M.) vers 1810

Avec son frère Alexis, furent, d’après Sensier, « les premiers habitués » de Barbizon. Ils s’y trouvaient de 1848 à 1851.

Ce « peint’à Ganne  » participe à la décoration de l’Auberge. Par la suite, il s’installera à Chailly (y résida, notamment, en 1872.)

 

LIER Adolphe Henrich

Herrnhut 1826 .- Wahren 1882

Elève de Zimmerman.

Lié avec Corot, Daubigny et Rousseau.

Se trouve à Paris en 1861 et se rend à Barbizon.

 

LOMBARD Louis

1830 –

Il est l’un des  » derniers survivants des anciens colons de Barbizon » (G. Lafenestre). Il habitait dans la rue des Fermes, à Barbizon et prenait ses repas chez M. Marteau Louis puis chez Mme Claude,gardienne de la chapelle de Barbizon.

Il se trouvait à Chailly, le 22 décembre 1868 pour le « service du bout de l’an » à la mémoire de Rousseau (Lettre de Millet à Sensier 23 déc. 1868).En 1870, à 40 ans, il s’engagea dans la garde mobile. Auteur de : « La Religion du vrai ». 1902.

 

MARCKE (Van) Emile

Sèvres 1827 – Hyères 1890

Ce paysagiste français, d’origine flamande, fut l’élève et l’ami de Troyon dont il subit l’influence, tout en conservant un style personnel. C’est principalement en Normandie qu’ir exécuta la plus grande partie de son œuvre.

Il séjourna à plusieurs reprises à Barbizon (assista en 1867, aux obsèques de Rousseau, à Chailly).

 

MENN Barthélémy

Genève 1815 — 1893

En 1838, ayant fait la connaissance de Corot, de Daubigny et des autres peintres du groupe de Barbizon, fait participer ces peintres au Salon de Genève, en 1857, 1859 et 1861.

En 1867, il loge à Barbizon.

 

MILLET Jean-François

Gruchy, Cne de Gréville (Manche) 1814. Barbizon 1875.

En 1849, « fuyant le choléra -. il quitte Paris et se rend, sur les conseils de Charles Jacque, lui-même renseigné par Diaz, à Barbizon, avec sa famille.

Il est veuf, depuis 1844, de Pauline Virginie Ono, avec laquelle il s’était marié en 1841 et vit avec Catherine Lemaire qu’il a connue en 1845. J.I se mariera avec elle, à Barbizon le 12 janvier 1853. (Le mariage religieux n’aura lieu que le 3 janvier 1875, peu de jours avant sa mort).

Millet, sa compagne, leurs trois enfants (il en aura neuf) et une servante, ne trouvant pas un gîte à l’auberge Ganne, passent leur première nuit dans un bâtiment de ferme de la Grande rue, situé à l’extrémité du village, du côté de la plaine, appartenant à Jean Gatelier, dit Petit-Jean et composé de deux pièces et d’un grenier.

dharles Jacque, venu de Paris en reconnaissance quelque temps avant, loua Grande rue, deux maisons contiguës. Celle de Millet a, aujourd’hui, disparu mais la grange qui lui servait d’atelier a été conservée en l’état. Celle de Jacque, dont il se rendit acquéreur, fut revendue, par lui, à Sensier.

A part quelques voyages effectués en Auvergne et en Nor­ mandie, Millet ne quitta plus Barbizon jusqu’à sa mort. le 20 janvier 1875.

La première fois qu’il fut accueilli chez Ganne, il fut convié par Nanteuil à tirer une bouffée d’une énorme pipe, afin de savoir si on devait » le placer  » – suivant la couleur de la fumée – dans l’Ecole » classique  » ou dans l’Ecole » coloriste « !

René Ménard dit que Millet refusa de se soumettre à cette coutume imposée à chaque arrivant. et répondit, en souriant : « Placez-moi dans la mienne! »

De 1849 à 1875, Millet, abandonnant la peinture de scènes bibliques, qui le firent comparer à Poussin, se consacra à la représentation de la vie des paysans, célébrant le travail des champs avec noblesse et gravité.

« L’écho des campagnes, les églogues, les durs labeurs, les inquiétudes, les misères, les sérénités, les passions de l’homme voué au sol, il saura tout traduire. Et le citadin s’apercevra un jour qu’on peut « faire servir le travail au sublime » et faire surgir des actes les plus ordinaires de la vie, un noble et grand spectacle ».

Sensier : « i-F. Millet », 1881.

« Millet a su donner à ses paysans une allure épique, une rigidité de ligne et de plastique qui ne saurait trop nous ensei­ gner » écrit Redon.

261

Au Salon de 1853, Millet obtint la seconde Médaille, avec « Le Repos des Moissonneurs ». A celui de 1857, avec « Les Glaneuses» et surtout avec « l’Angélus  » (peint en 1859), il acquit la célé­ brité.

« fi l1’y a pas de nature si grossière – disait Th. Gautier – qui ne puisse être relevée par le style, M. Millet en est un exemple. Ses moissonneurs ne sont pas beaux certes, mais il y a en eux une force secrète, une robustesse singulière, une rare science de la ligne et d’agencement, un sacrifice intelligent des détails, une simplicité de tOI1 local, qui donnent à ces rustres on ne sait quoi de magistral et de fier; certains de ces patauds couchés étalent des tournures florentines et des attitudes de statues de Michel-Ange. fis ont, malgré leur misère et leur laideur, la majesté de travailleurs en contact avec la nature ….  »

Toutefois les tenants de « l’Académisme» ne tolèrant que les thèmes « élevés » inspirés de la mythologie, de la Bible ou de l’histoire, jugent les sujets de Millet « vulgaires ». « populaires », « triviaux » …

Même Baudelaire, qui décerne des éloges à certains « pom­ piers » demeurés inconnus, considère que « les paysans de Millet sont des pédants qui ont d’eux-mêmes une trop haute opinion. Ils étalent une manière d’abrutissement sombre et fatal qui me donne envie de les haïr … Au lieu d’ext raire simplement la poésie naturelle de 5011 sujet, M. Millet veut, à tout prix, y ajouter quelque chose. »

(Salon de 1859).

On lui reprocha aussi de vouloir exposer dans ses œuvres l’idéologie révolutionnaire de 1848, influencé par Proud’hon, Courbet et Daumier. Or, Millet, esprit religieux, nourri de la Bible, se désintéressait des combats politiques.

Il y eut, cependant, des esprits clairvoyants qui surent distin­ guer son « réalisme » de celui de Courbet et de Daumier. Th. Pelloquet, par exemple, qui écrivait dans le « Journal du Salon de 1863 » :

« Les partisans du réalisme le tiennent au contraire pour un romantique el pour UI1 académicien, ce qui est la même chose à leurs yeux. Millet n’est rien de tout cela. Il cherche conscien­ cieusement dans le spectacle des hommes et des choses de son temps les grandes lois qui ont guidé les maîtres et il les retrou­ ve. Il les applique à sa façon, c’est là son originalité et sa force, une très grande originalité et une très grande force que personne, en France du moins, n’a eues avant lui, et que personne ne possède à côté de lui au même degré. »

Au sujet de ce « réalisme « , Raymond Cogniat et Daniel Wil­ denstein estiment que :

« le témoignage populaire de Millet est aussi puissant et pour le moins aussi profond [que celui de Courbet et de Daumier] mais fait partie de son être d’une façon fondamentale et n’a pas besoin de grossissement pour se manifester. Son réalisme est une certitude, un enracinement si intime qu’il échappe à la fonction politique et qu’il fait organiquement partie de l’être. (Préface du Cat. « J.-F. Millet et ses amis peintres de Barbi­ zon », 1970, Tokio, Kyoto, Fuknoka).

Pour le barbizonnais André Billy « la peinture de Millet est à la fois morale et empreinte de cet amour de la vie simple et naturelle qui est au fond de l’âme protestante», Cela explique­ t-il que Van Gogh, en pleine possession d’un métier original, ait demandé à Millet – le traditionnel – une leçon de style ?

Quant à Millet, il répondit lui-même aux critiques dans une lettre à Sensier, du 30 mai 1863, demeurée célèbre :

« … Dans quel club mes critiques m’ont-ils rencontré? Socia­ liste! Mais, vraiment, je pourrais leur répondre ce que disait, sur une charge, le commissionnaire auvergnat écrivant à son pays: « On dit comme cha au pays que j’étais Chainchimonien cha n’est pas vrai, je ne sais pas che que ch ‘est ». On ne peut donc pas tout simplement admettre les idées qui peuvent venir dans l’esprit à la vue de l’homme voué à gagner sa vie à la sueur de son front ? »

Puis, comme on lui reprochait aussi de ne pas aimer la Nature, il rispostait par ces lignes qui constituent son « credo» :

«               … Il en est qui me disent que je nie les charmes de la

campagne. J’y trouve bien plus que des charmes : d’infinies splendeurs. J’y vois, tout comme eux, les petites fleurs dont le Christ disait : « Je vous assure que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’une d’elles. » Je vois très bien les auréoles des pissenlits, et le soleil qui étale là-bas, bien loin par delà les pays, SÇl gloire âans les nuages. Je n’en vois pas moins dans la plaine, tout fumants, les chevaux qui labou­ rent; puis, dans un endroit rocheux, un homme tout errene, dont on a entendu les han! depuis le matin, qui tâche de se redresser un instant pour souffler. Le drame est enveloppé de splendeurs. Cela n’est pas de mon invention, et il y a longtemps que cette expression « le cri de la terre» est trouvée. Mes criti­ ques sont des gens instruits et de goût, j’imagine; mais je ne peux me mettre dans leur peau; et, comme je n’ai jamais de ma vie vu autre chose que les champs, je tâche de dire comme je peux ce que j’ai vu et éprouvé quand j’y travaillais. Ceux qui voudront faire mieux ont certes la vie belle … »,

(Moreau-Nélaton qui a retranscrit cette lettre a remplacé « vie » par « partie »!)

BERGERE GARDANT SES MOUTONS

Musée du Louvre.

« Si ce tableau est moins célèbre que « l’Angélus ». il n’est pas moins digne de notre admiration. Même il n’est pas défendu de le préférer à l’Angélus! »

Louis Hautecœur.

Dans cette bergère on a reconnu les traits de Louise. l’une des filles de Millet.

Au Salon de 1864, dans « Le Grand journal  » (15 mai 1864) Castagnary s’écriait: « Saluons d’abord Millet. C’est un maître et sa « Bergère » un chef-d’œuvre … Si vous jugez de la valeur d’une œuvre par la profondeur de l’émotion qu’elle excite en vous, cette humble idylle doit être regardée comme une des importantes pages du Salon. Le grand artiste y a mis tout son cœur, toute son âme. Ceux qui l’accuseraient d’exagérer, comme à plaisir, la laideur de nos paysans, seront satisfaits cette fois; la jeune bergère a toute la beauté et même toute la grâce rusti­ que que comportent sa condition et sa race. »

En 1895, Henri Vuagneux dressant la liste des 50 tableaux les plus chers du Monde, mentionnait trois Millet parmi lesquels, et en premier lieu : « La Bergère », évalué à un million de francs … or.

Portrait de Millet, par Nadar.

« J’ai l’air d’un chenapan qu’il ne ferait pas bon de rencontrer au coin d’un bois « , estimait Millet.

(Moreau-Nélaton : op. cit.)

Portrait de Millet, par Cuvelier. (1862)

Un ami faisait remarquer à Millet, au sujet de ce portrait :

« Tiens, quel beau chouan, avec quelle mâle crâ­ nerie il présente sa poitrine de rebelle vaincu aux bal/es du peloton qui va faire feu sur lui! »

« Oui, répondit Millet, c’est bien cela, je fais face à l’ennemi. Cuvelier est un homme d’esprit doublé d’un philosophe. »

»

« Dans les moutons qu’on vient de tondre, j’ai cherché à exprimer cette espèce d’hébétement et de confusion qu’éprouvent les moulons quand on vient de les dépouiller, et aussi la curiosité el l’établissement de ceux qui ne sont pas encore tondus .en voyant revenir parmi eux des êtres aussi nus. J’ai tâché de faire que l’habitation ail bien un air rustique et paisible; qu’on puisse supposer le clos en herbe, qui est derrière, où sont plantés les peupliers qui doivent l’abriter; enfin, que cela ait un air d’assez antique fondation pour que des générations y aient vécu … »

Lettre de Millet à Thoré, du 18 février 1862.

Dans une lettre à Sensier où il fait état de cette lettre, Millet écrit:

« Je voudrais que les êtres que je représente aient l’air voués il leur position et qu’il soit impossible d’imaginer qu’il leur puisse venir à l’idée d’être autre chose. Gens et choses doivent toujours être là pour une fin. je désire mettre bien pleine­ ment et fortement ce qui est nécessaire, car je crois qu’il vau­ drait presque mieux que les choses faiblement dites ne fussent pas dites, parce qu’elles en sont comme déflorées et gâtées, mais je professe la plus grande horreur pour les inutilités (si brillantes qu’elles soient) et les remplissages, ces choses ne pouvant donner d’autres résultais que la distraction et l’affaiblissement … »

HOMME MARCHANT ET BŒUFS

Dessin au crayon noir 0,600 X 0,290

« Millet trouva dans le dessin, la plus haute expression de son génie solitaire … le sentiment qu’il a de toutes choses est fait d’émotion grave et contenue; il n’est si humble élément qui ne soit pour lui source de poésie … »

Pierre Lavallée: « Le dessin français », 1948.

12 – L’ATELIER DE MILLET ET SON HABITATION (1863) (dessin de Gassies)

« L’ habitation de Millet était relative­ ment neuve; elle était couverte en tuiles. On y accédait à travers un jardin, où je me rappeUe l’avoir trouvé un jour en train de labourer la terre avec ardeur. « C’est ma santé» me dit-il en me mon­ trant sa bêche. Il se plaisait d’ailleurs à tous les travaux champêtres qui avaient été ceex de sa première jeunesse ». »

Wheehwright (op. cit.)

65 – LES GLANEUSES Gravure 0,190 x 0,252 (1855) (Bibliothèque Nationale, Paris)

André Billy évoquant ce premier vers du sonnet de Banville: « 0 Millet sous les vastes cieux », écrivait:

« Combien de fois … ne m’est-il pas revenu à l’esprit, au cours de mes promenades dans cette plaine dont l’horizon forme le fond de tant -de ses tableaux 1 Assurément Barbizon doit sa réputation à sa forêt, mais ce qu’il offre de plus beau, c’est peut-être sa plaine, chère à Millet. Que les crépuscules y sont émouvants 1 Quelle somptuosité dans ses couchers de soleil 1 … »

«< Millet à Barbizon » : Jardin des Arts, juin 1965.)

250 LA CARDEUSE (1856)

Eau-forte, 0,256 X 0,177.

Th. Pelloquet, à son sujet, écrivait

« Je ne sais quoi de calme, d’imposant, d’élevé qui attire …

Si je possédais une de ces galeries qui font l’orgueil de l’Italie, je placerais volontiers « La Cardeuse » de Millet, entre un Andrea deI Sarto el un Raphaël. Je crois que ces d’eux nobles génies ne rougiraient pas d’un pareil voisinage. »

45 – Actes d’État Civil de la Famille MILLET

BAPTEMES des enfants de Millet :

Léontine Louise MILLET, du 20 septembre 1856. Le parrain était Alfred Sensier, la marraine Elisa Rousseau, née Gros.

J.-François MILLET, du 21 septembre 1856.

Le parrain était Th. Rousseau, la marraine Mme Daumier.

3) Emilie Henriette MILLET, du 4 août 1861.

(Registres de la Paroisse de Chailly)

Charles Louis Emile, du 4 août 1861.

Le parrain était Diaz, la marraine Léontine Louise MILLET.

Jeanne                  Julie         Augustine

MILLET, du 4 août 1861.

Ces deux derniers actes portent les signatures de MILLET et de ROUSSEAU.

J.-F. MILLET et sa FAMILLE (en 1854)

d’après un daguerréotype. (B. Nat.)

« Dieu bénit les grandes familles » dit le proverbe. M. François Millet a toujours été de cet avis. Son père avait neuf enfants, il en a neuf à son tour, tous vigoureux, tous aimables, tous adorés ».

Piédagnel : «Millet chez lui », 1875.

PORTRAIT de PAULINE ONO en BLEU (première femme de Millet) par Millet ( « musée de Cherbourg »)

PORTRAIT de CATHERINE LEMAIRE (seconde femme de Millet)

d’après le dessin de Millet,

Collection Georges Petit.

L’Angélus et son aventure

264 L’ANGELUS (de Millet) gravé par Frédéric Jacque.

(Collection Marcel Jacque).

L’Angélus – d’un réalisme fruste mais expressif – possède un point commun avec la Joconde, c’est d’exer­ cer sur le public le même pouvoir attractif. Répandues dans tout le monde sur les supports les plus divers et les plus imprévus, les reproductions de ce tableau l’ont à tout jamais popularisé.

Van Gogh, dans une lettre à Théo, disait que « c’était de la poésie » ; Paul Gsell que « cette prière du soir était sublime … remplie d’une beauté mystique – : Roger Peyre que c’était « une des œuvres les plus religieuses du XIX’ siècle » qui « montre le cléricalisme abrutissant les classes rurales « .

Un « Membre du Conseil Supérieur des Beaux-Arts et ministre transitoire y voyait le « résultat de la fausse politique d’Henri IV qui n’avait pas su profiter de sa victoire sur la Ligue pour déchristianiser la vieille France et particulièrement le paysan français « .

D’autres ont considéré  » l’Angélus » comme un défi à Courbet et aux révolutionnaires de 1848 ..

LES ACQUEREURS SUCCESSIFS de L’ANGELUS

273 LETTRE aurographe de Paul Tesse à Alfred Robaut, du 6 juillet 1889 (signée)

C’est un document très intéressant concernant les acqué­ reurs successifs de l’Angélus et les prix payés par eux, jusqu’à ce qu’il soit acheté par le Louvre.

« … au mois de février 1864, Millet me livra un tableau

« La Grande Bergère » que je lui payais 2000 frs. Plus tard, je ne me rappelle plus la date, j’envoyais ce tableau à une exposition à Bruxelles. M. van Pr aet , ministre de la Maison l’y vil et me pria instamment de le lui céder, moyennant 6000 [rs, ce à quoi je consent is.

« Au moment de me solder il me proposa de me donner 3000 [rs argent et l’Angélus que lui-même avait payé je crois 3000 [rs.

« Voilà comment je suis devenu possesseur de l’Angélus que j’ai conservé un certain temps et que j’ai cédé à M. Gavet pour 3500 [rs. M. Gavet vendit l’Angélus à Durand­ Ruel pour 30 ou 32000 [r s et ce dernier à M. WilSon pour 37 ou 38000 [r s, puis vint la vente de Wilson et tu sais le reste.

« J’ai toujours ouï dire que l’Angélus avait été acheté tout d’abord 800 frs par Moureau, un marchand qui était établi rue Lafitte et qui eut bon nombre de tableaux el dessins de Millet.

« De Moureau, il passa, sans doute, ent re les mains de M. Feydeau et de là, par l’intermédiaire d’Art. Stevens chez M. Praet qui, comme je te l’ai dit, n’a pas’ dû le payer plus de 3000 frs.

« Ce sont tous les renseignements que je puis te don­ ner.

« Tout cela n’empêche pas que le prix de 55300 frs soit tout à fait exorbitant.

« Sans m’inquiéter si le Louvre a bien ou mal fait d’ac­ quérir cette œuvre, je me demande si cette grosse somme ne pouvait être mieux employée. A mon avis l’Angélus n’est pas le chef-d’œuvre du maître, sa grande’ réputation lui vient surtout de son gros prix ..

Collection Janine Naert, Librairie Saffroy.

Le « Complexe de l’ANGÉLUS»

Puis, on a beaucoup discuté. sur le lieu où se situait « l’Angélus » (un champ situé entre Chailly et Barbizon, au lieudit » Les Roches ,,) et sur le titre même du tableau (le titre initial «La Mauvaise récolte de pommes de terre » aurait été changé par Millet sur la suggestion de Rousseau et de Diaz). Pour le justifier Millet aurait alors ajouté le clocher de Chailly (mais on estime qu’il s’agit du clocher de Perthes, en raison de la vaste perspective de plaine qui ne pourrait exister s’il fallait admettre celui de Chailly, plus proche de la forêt. La forme de ce dernier est d’ailleurs plus écrasée.)

En 1923, on épilogua pour savoir si Millet avait repré­ senté l’angélus du matin ou l’angélus du soir. La majorité des critiques conclut que c’était l’angélus du soir, pour la raison évidente que « les brumes rougies dans lesquelles la plaine s’endort appartiennent au couchant » !

Un détail d’ailleurs est significatif: un sac de pommes de terre est rempli et un autre presque plein. Le matin, ils seraient vides!

L’angélus selon Dali

MYTHE TRAGIQUE DE L’ANGELUS de MILLET

par Salvador Dali (J.-]. Pauvert, 1963)

Interprétation « paranoïaque-critique ».

Salvador Dali, s’est livré à de curieuses spéculations sur le manque absolu de « cohésion intellectuelle » de l’œuvre, sur l’érotisme symbolique des extases mystiques qu’elle évoque, découvrant notamment dans la position de la femme,

« l’attitude hystérique de l’attente de l’agression sexuelle illustrée par la mante religieuse. »

LANGELUS DE GALA

(Repr. d’une toile se trou­ vant au Musée d’Art moderne de N.-York, extraite de « Dali de Gala » ).

Dans ce portrait de Gala, Dali a représenté sur le mur le tableau « L’Angélus », S’appuyant sur les théories de Freud qui croit voir dans « La Vierge sur les genoux de Ste-Anne » du Vinci, une névrose homosexuelle, Dali sou­ tient que les deux paysans pieusement inclinés sont un exemple de refoulement sexuel.

L’ANGELUS interprété par Salvador DALI

Quatre gravures originales parmi les 42, gravées par lui, illustrant : « Les Chants de Maldoror» (Skira, 1934)

Collection Pierre Argillet.

Avec l’Angélus, il évoque « Les Glaneuses » et « La Retraite de Russie » de Meissonier qu’il admire pour « sa passion de l’exactitude et du détail véridique » et qu’il considère comme un « énorme personnage. » (( Hommage à Meissonier »],

ATAVISME DU CREPUSCULE

(Repr. d’un tableau se trouvant dans une collection particulière, extraite de « Dali de Gala» de Robert Des­ charmes, Edita 1962) .

POP, OP, YES, POMPIER

(RepI. d’une toile d’un tableau se trouvant dans une collection privée américaine extraite de «Dali, Dali, Dali », Draeger 1974).

« Gala regardant Dali en état d’antigra­ vitation au-dessus de son œuvre d’art : « Pop, Op, Yes, Yes, pompier » dans laquelle nous pouvons contempler les deux personnages angoissants de l’Angélus de Millet en état atavique d’hibernation, devant un ciel qui peut soudainement se transformer en. une gigantesque croix de Malte, au centre même de la gare de Perpignan vers laquelle tout converge. »

270 L’ANGELUS interprété par Jacques PREVERT

271 «< Le Monde des Grands Musées », 1973).

L·.\;\GI;LUS PAR ~I!LLET

– Prions, mes frères, pour les pommes de terre malades.

272 Hadol : Caricature de 1’« Angélus» dans «La Vie parisienne» (1865)

RADIOGRAPHIE de L’ANGELUS

A la demande de Salvador Dali, qui prétend que le couple prie devant la tombe de leur enfant, une radiogra­ phie du tableau a été effectuée par le Laboratoire de Recherches des Musées de France

Il est à signaler qu’avant Dalr, notamment en 1865, puis en 1959, sous la plume spirituelle d’André de Fouquière, pareille hypothèse avait été formulée.

Voici le rapport rédigé, à ce sujet, par Mme Madeleine Hours, Directrice du Laboratoire, le 15 juillet 1963 :

« Le 13 juin 1963 … nous avons fait, à la demande du peint re Salvador Dali, une étude radiographique de ce ta­ bleau. JI a été nécessaire d’utiliser des rayons de 60 kw, car le tableau a été rentoilé et la pénétration en est dif­ ficile.

« L’image radiographique est très peu contrastée, on y trouve les traces de déchirures dues à l’attentat subi il y a quelques années.

« Les silhouettes se détachent, faiblement lisibles, en sombre sur un fond gris. Il n’y a aucune transformation de la composition, au moins en ce qui concerne l’attitude des personnages.

« Le panier, situé au centre de la composition est à peine discernable. Par contre, il apparaît au centre, à la partie inférieure, un quadrilatère sombre assez difficilement ex­ plicable. C’est celte partie qui a permis au peintre Salva­ dor Dali d’accréditer la thèse qui voudrait qu’il y ait là une fossé ou un cercueil recouvert ensuite par le panier.

« Le peu de visibilité du film ne permet pas de l’aiiir­ Iner. »

Alors? Tombe? Repentir du peintre ou l’une des nom­ breuses restaurations du tableau, notamment par Cosson et par Garnier qui l’aurait réparé après la lacération de plusieurs coups de couteau donnés le 13 août 1932, par un « jeune ingénieur» de Rouen. (Le même qui, à 67 ans, lacéra la « Vierge aux Anges » de Rubens, le 8 janvier 1968).

Pour Dali, cette « masse sombre  » serait bien un « cer­ cueil devant lequel sont recueillis les deux personnages. »

… ET L’AVIS de l’AUTEUR de « l’ANGELUS» !

Lors de ces controverses, on oublia de se référer à l’au-­ leur du tableau.

Dans une lettre à Siméon Luce, du 16 mars 1865, Millet écrit:

« Je ne puis vous dire autre chose de l’Angélus sinon que je l’ai fait en pensant comment, en travaillant dans les champs, ma grand/mère ne manquait pas, en enten­ dant chanter la cloche, de nom faire arrêter notre beso­ gne pour dire l’angélus pour se.r pauvres morts, bien pieusement et le chapeau à la main. »

 

MUNKACSY Mihaly

MunkàcJ 1844 – 1900

A Barbizon en 1873-1874 à l’hôtel Siron, avec son compatriote Laszlo de Paàl.

Très liié avec Knaus. Accompagnait le prince de Wrede lors de la vente aux enchères Secrétan de « L’Angélus» (1er juillet 1889).

» La plus grande figure hongroise de la tendance réaliste est incontestablement M. Munkàcsy».

 

NANTEUIL Célestin François

Rome 1813 – Marlotte 1873

Chez Ganne en 1849 avec Thomas Couture. Il y accueille Mil,let.

Participe à la décoration d’un grand panneau de bois de l’au­ berge, (l’encadrement d’un motif central de Rousseau).

Il reproduisit à l’eau-forte ou en lithographie des tableaux de Delacroix, de Decamps et de Couture.

Ce romantique fut l’initiateur du style « troubadour  » dont il orna les livres de frontispices charmants mais un peu désuets.

En 1il67, il succéda à Louis Boulanger comme conservateur du Musée de Dijon.

C’est au cours d’un séjour chez son ami, le peintre Abel Orry, à Marlotte, qu’il mourut subitement. Il repose au cimetière de Bourron-Marlotte.

LETTRE autographe de Célestin Nanteuil à l’actrice Marie Dorval

(pour laquelle il éprouva une passion aussi fervente que dis­ crète l ) signée, datée de Paris, le 21 septembre 1835. (4 pages illustrées de six dessins à la plume).

« A toutes les couronnes que vous devez. recevoir chaque soir, perniet t er-nioi, Madame, de joindre la mienne, je suis sûr qu’elle arrivera toujours à propos. Malheureusement pour moi je ne peux vous en adresser qu’une et ne puis pas vu us la donner moi-mëme.

LETTRE autographe cie Célestin Nanteuil à Bertaut, du Hl juillet 18()7, signée, alors qu’il étai t Conservateur du Musée de Dijon (avec en-tête de la Direction de l’Ecole Impériale des Beaux­ Arrs et du Musée de Dijon.)

 

NAZON François Henri

Réalmont (Tarn) 1821 – Montauban 1902

Cité parmi les peintres de Barbizon « au temps de Millet « .

« Il fut l’un des paysagistes les plus originaux; il a vu la nature et l’a rendue avec une personnalité tout à fait particulière et les rares tableaux qu’il a poussés jusqu’à l’achèvement sont vraiment très intéressants …  »

Gassies (op. cit.)

Au Salon de 1863, Paul Mantz, écrivait :

« Il a toujours étudié de près la nature et sa physionomie changeante. »

 

OUDINOT Achille

Damigny 1820 – Paris 1891

Paysagiste, élève de Corot. Ami de Daubigny, se trouve en 1856, chez Ganne.

Au Salon de 1872 figure «Souvenir de la forêt de Fontainebleau « .

Sa fille unique épousa l’écrivain Hector Malot, l’auteur de « Sans famille ».

 

PAAL (Laszlo de)

1846 – Charenton 1879

Réside de 1873 à 1877 à Barbizon, sur les conseils de son ami Munkàcsy (qui fit son portrait en 1877).

Il mourut à 33 ans à l’asile de Charenton « consumé avant l’heure par l’ardeur artistique « .

Ceza Perneczky : « Munkàcsy « , 1970.

La plupart de ses toiles importantes ont été exécutées à Barbizon.

C’est à elles qu’il doit sa renommée de « meilleur paysagiste hongrois du XIX’ siècle u ,

 

PAPELEU (Baron Victor de)

Gand 1810 – 1881

Elève de Dupré. Séjourne fréquemment à Barbizon.

Il se trouve en octobre-novembre 1855, chez Ganne.

Il est l’un des organisateurs de la fameuse fête pour la noce de Louise Ganne. Il exposait chez Siron.

Fut l’un des possesseurs de l’Angélus qu’il revendit à Stevens. Cet amateur « distingué » dépensa toute sa fortune à créer une galerie de tableaux qu’il fut obligé de vendre, petit à petit, par nécessité financière.

 

Peintres de Barbizon – résidents./

DOCUMENTS ADMINISTRA TIFS

50 – Souscription volontaire pottr acheter une clochette à Barbizon.

On relève, dans ce bordereau, les noms de :

Babcock, Bodmer, Gassies, Millet …

51 – Souscription en argent et en nature pour l’empierrement du chemin faisant suite à la Grande rue de Barbizon, jusqu’à la limite de la forêt.

Parmi les souscripteurs : Bodmer, Gassies, Lombard, Millet, Papeleu …

52 – Souscription volontaire destinée à l’acquisition d1f mobilier de la classe de l’Ecole de Barbizon.

On retrouve les mêmes souscripteurs, pein­ tres sédentaires du groupe de Barbizon.

(Archives de la Mairie de Chailly-en-Bière)

 

PENNE (Charles Olivier de)

Paris 1831 – Marlotte 1897

Peintre de vénerie.

Dans les débuts difficiles de Charles Jacque – dont il était l’élève – il  » lui procura des illustrations à faire pour des revues d’apiculture « .

(G. Gassies).

Sur les registres de Ganne inscrit en 1853 et 1858. S’installe dans une maison de la Grande rue (aujourd’hui au n° 26) voisine de celle de son ami Gassies. Il la céda à Barye, en 1867.

Ouitte Barbizon au moment de la guerre de 1870 pour s’enga­ ger dans les zouaves.

Il se fixera ensuite à Marlotte’.

» L’Illustration » du 29 mai 1858, reproduit son dessin « Fête de Barbizon « .

Un monument a été érigé à sa mémoire à Marlotte en juin 1905 (statuaire Le Duc, architecte Viatte).

 

ROUSSEAU Théodore

Paris 1812 – Barbizon 1867

Ce serait en 1827-1828 qu’il se rendit, pour la première fois, en forêt de Fontainebleau,faire des études d’après nature.

Il y revient en 1833 et loge à Chailly.

En septembre 1836, il s’installe à Barbizon, où il rencontre Diaz et Caruelle d’Aligny.

Il figure sur les registres de Ganne (de 1849 à 1861) et décore, lui aussi, l’auberge, notamment d’un » Chêne foudroyé » dans un décor de Nanteuil et de Jadin.

Il a fréquenté tous les » peint’à Ganne  » auprès desquels il jouissait d’un grand prestige étant plus particulièrement lié avec Millet et Daumier. Il était parrain d’un des fils Millet (sa femme marraine d’une des filles).

Vers 1847 il loua, dans la Grande rue, une maison et une grange qu’il transforma en atelier. A. Sensier évoque les réunions des peintres tenues dans cette grange:

« C’était là, sous un même toit de. tuiles, dans cette grange sans portes, avec ses inurs de grès bâtis à la terre pour quelque antique bûcheron, que nous nous rassemblions avec Diaz, Barye. Daumier, Millet, Diaz, Tillot … Alfred Feydeau … Diaz excitait le bon rire de Rousseau par ses caprices inattendus comme les explosions humoristiques de Goya. Daumier était en veine rabe­ laisienne, Barye pétillait de sarcasmes et d’histoires mordantes sur les pédants et les prudhomrnes, Millet ne songeait plus à ses misères et causait de S011 pays 110rmand et de ses souvenirs de famille. »

Comme pour MILLET, s’est posée pour ROUSSEAU la ques­ tion : « Est-il un réaliste ? »

Il est évident que ce partisan du retour à la Nature, fut l’un des premiers pionniers du paysage « vrai », mais à cette vision du réel s’ajoutait des sensations lyriques.

« Notre art est capable d’atteindre au pathétique que nous voulons retrouver par la sincérité de la portraiture, par la vérité exacte; en observant avec toute la religion de son cœur, on finit par songer à la vie de l’immensité, on ne copie pas ce qu’on voit avec la précision mathématique, mais on sent et on traduit un monde réel dont toutes les fatalités vous enlacent. »

Th. Rousseau

Pour René Huyghe, le réalisme de Rousseau ç n’appartient pas au réalisme de passivité, enregistreur méthodique qui se borne li appliquer une technique acquise au rendu d’un spectacle perçu. Encore la conquête progressive de ce réalisme devenu plus tard, mécanique, fut-elle une grande aventure, inscrite dans le geste de l’homme lancé à l’assaut du monde afin de le soumettre et parallèle à celle de la science. On n’a pas cessé, au demeurant, d’en goûter et d’en céléber la dernière étape conquérante: l’im­ pressionnisme. Or, Th. Rousseau, comme Corot, la prépara en s’attachant à la subtilité changeante des lumières. »

(Préface de l’exposition « Th. Rousseau « , 1968, au Louvre).

290 LE CHENE DE ROCHE

« Exposé au Salon de 1861,  » Le Chêne de Roche » est un des chefs-d’œuvre du maître. Il est permis d’y voir comme un résu­ mé de l’idée qu’il se faisait de la forêt, en tout cas c’est un des ouvrages où il a mis le plus fortement sa marque par la fermeté de l’exécution et la concentration de l’effet, par le choix des éléments pittoresques et la souplesse avec laquelle ils sont rendus, par la puissance d’une harmonie où les roches et le tronc de l’arbre, très franchement éclairés, contrastent si heureusement avec le feuillage du chêne et les trouées d’un ciel dont l’azur profond rappelle le bleu vibrant des vitraux de nos cathé­ drales. »

Emile Michel : « La Forêt de Fontainebleau ». 1909.

LE VIEUX DORMOIR DU BAS-BREAU Musée du Louvre.

Rousseau avait entrepris oe tableau au cours de l’hiver 1836- 1837 et le continua … jusqu’à la fin de sa vie.

« De ce travail intermittent se répartissant sur une longue durée est issue une peinture assez inhabituelle dans l’œuvre de Rousseau, étrange par sa conception et par sa technique. Rares furent ses paysages forestiers offrant une composition en frise aussi rigoureusement scandée par des verticales, qui ne soit pas un tout concentré sur un foyer de lumière ou un noyau d’ombre. Curieuse également fut la méthode employée. On per­ çoit des dessous aquarellés, translucides sur lesquels l’artiste revient patiemment pour apposer des accents plus forts … »

(H. Toussaint : Catalogue de l’exposition : « Théodore Rous­ seau « , Paris, 1967-1968.)

294 CHENE DE ROCHE Eau-forte 0,126 X 0,169

Collection particulière.

L’œuvre gravée de Rousseau est fort restreinte (six planches). Son « Chêne de roche » est considéré comme son chef-d’œuvre. Cette gravure fut directement inspirée par le tableau « Le Chêne de roche « , du Salon de 1861.

(Collection A. Watteau). Reproduit page 305.

« Cette gravure bien personnelle, bien caractéristique de son laient, résume l’ensemble de ses qualités : intimité, force, science, amour de la nature. »

Roger Passeron : « La Gravure Impressionniste « , 1974.

Au sujet des refus opposés, par le Jury du « Salon »,à J’expo­ sition des œuvres de Th. Rousseau, Thoré-Burger , son admira­ teur passionné, écrit :

« La notoriété de Th. Rousseau commence par les protestations réitérées que la critique écrivit en sa faveur. Il était devenu célèbre avant qu’on eût pu voir ses œuvres. Durant quinze années la publicité des Salons lui ‘avait été refusée! N’était-ce pas odieux ? ..

2 9 5 LETTRE. autographe de Th. Rousseau à M. le Marquis de Chennevières, directeur des Beaux-Arts, datée du 28 mai 1861, signée «Théodore Rousseau ».

« Mon cher Monsieur,

« J’ai plusieurs fois fait demander par quelqu’un de mes amis, que mon tableau fût penché en avant, ce qui permettrait au moins de le voir, malgré la diffusion de lumière à laquelle il est en proie, dans la place qu’il occupe. Ne l’ayant pas obtenu, je viens vous faire directement cette demande, et, de plus, si vous le voulez bien permettre, vous formuler une fois pour toutes mes griefs. Les voici:

« J’ai toujours cru de mon devoir de suivre les expositions et pourtant, personne n’en a été plus découragé que moi. Veuillez prendre la peine d’ouvrir le Livret. Vous verrez à ma Notice un. espace de quinze années pendant lesquelles il m’a été défendu de le faire. Une telle proscription, notoirement reconnue injuste devrait pour le reste de ma vie, me donner des droits à choisir une place dans une Exposition ou plutôt à ce qu’on me la choisît, ce ne serait pas de trop. Loin de là, j’ai à éprouver tout ce qu’il y a de malencontreux dans les hasards de ce nombreux emmagasinage. Tel que j’y suis, j’y ai bien deux mille places à envier et vous pourrez remarquer en outre que mon tableau est presque le seul ayant cette inclinaison en arrière, tout à fait défavorable aux regards (quelque soit le jour).

« J’ose donc espérer un moment de votre attention à ce sujet; sinon, je n’aurai plus qu’à me retirer. Sans accuser personne de malveillance, il sera clair pour moi que le trouble inséparable

de ces monstrueuses expositions et le favoritisme outré qui y a pris comme des droits, ne permet plus guère à quelques artistes, seulement soucieux de l’Art et de sa dignité, de compter sur l’appréciation éclairée qu’un homme tel que vous peut faire de leurs ouvrages et, qu’ils se voient par là privés de la seule main amie qui ait à leur venir en aide dans cette indigne mêlée.

 

SAAL Georg

Coblence 1818 – Baden-Baden 1870

Travaille dans la forêt de Fontainebleau au cours de plusieurs séjours d’été.

Il est inscrit sur les registres de Ganne du 27 septembre au 24 octobre 1858.

« … Je signalerai comme le meilleur paysagiste de ces contrées, M. Georges Saàl qui est du grand Duché de Bade et que je soupçonne même d’être un badois de Paris. »

Ch. Blanc « Exposition Universelle de 1867  » dans « Les Artistes de mon temps », 1876.

 

TILLOT Charles

né en 1825.

En 1860, achète « la Taupinière ». une maison située en face celle de Millet, dont il était un ami très apprécié.

Disciple de Rousseau.i il fut l’un des rares privilégiés qui franchirent la porte « si bien close de son atelier » ,et pénétrèrent dans « le sanctuaire  » (G. Gassies).

Témoin à la rédaction du testament de celui-ci, passe avec Millet la nuit de sa mort, assiste à son enterrement qu’il conduit avec Millet, Sensier et Th. Silvestre.

Il organisa, avec ces deux derniers, une vente posthume d’œuvres de Rousseau.

Il se trouve présent lors du service anniversaire de la mort du peintre, à Chailly, avec la famille Millet, Babcock, un des fils Bodmer, Mme Ganne et « les Luniot. »

Ami dévoué et fidèle, c’est lui aussi qui aida à la vente des œuvres de Millet, après sa mort, et en rédigea la préface.

 

TOMBES de MILLET et de ROUSSEAU

Dans le petit cimetière de Chailly reposent Millet et Rousseau, côte à côte. La tombe de Rousseau est sur­ plombée d’un rocher posé sur des petites roches. Non loin de leurs sépultures se trouvent celles de Lafe­ nestre, de Sensier et de Bodmer. La tombe des Ganne et celle des Gassies SOnt situées à droite et à gauche de Î’entrée.

 

•Troyon-Gardeuse d'oie NN.jpg

TROYON Constant

Sèvres 1810 – Paris 1865

Ami de Rousseau, de Dupré et de Diaz « dès 1839 » alors qu’il était ouvrier peintre à la Manufacture de Sèvres.

(D’après F. Bernard «Fontainebleau et ses environs -. 1853). Demeure « avant 1848 « , chez Ganne. Participe à I·a décoration de l’auberge.

Retrouve Rousseau et commence à peindre à Barbizon « où il reçoit sa véritable formation de paysagiste »

(J. Bouret: op. cit.)

En 1844, 1846 et 1848 expose au Salon des paysages de la forêt de Fontainebleau.

Il continua la tradition des animaliers hollandais : Van de Velde, Cuyp et surtout Paul Potter.

304 L’APPROCHE DE L’ORAGE

Collection particulière.

Ce tableau est une des études que Troyon exécuta sur le motif et qu’il conserva Jusqu’à la fin de sa vie.

 

ZIEM Félix

Beaune 1821 – Paris 1911

Du 13 octobre au 3 novembre, figure inscrit sur les registres de l’auberge Ganne (Daumier s’y trouvait depuis le 10. Il Y resta jusqu’au 20).

Fréquente les peintres de Barbizon, se liant plus particulière­ ment avec Rousseau.

Il achète à Barbizon, en 1866, une maison à l’orée de la forêt, appartenant à Charles Jacque et que celui-ci habita quel­ que temps.

Après de nombreux voyages revient à Barbizon après la guerre de 1870.

En 1860, il avait tenté de fonder une « Société d’Artistes » dont Millet, Barye, Daumier devaient être membres.

Ziem peignait dans une roulotte que décrit ainsi G. Gassies :

… une espèce de grande voiture semblable à celles des sal­ t imbanques nomades. Celte voiture était bien aménagée, les panneaux mobiles s’ouvraient quand on voulait, pour permettre de travailler d’après na/ure … sans sortir de son domicile. Il l’avait amenée à Barbizon, mais je ne le vis jamais s’en servir, quoiqu’elle semblait bien commode. »

« La peinture de Ziem, estimait Alfred Leroy, c’est l’introduc­ t ion des découvertes de l’impressionnisme et la poursuite des effets les plus audacieux dans le domaine de l’Orientalisme. »

Ses œuvres représentant des paysages de forêt sont assez rares.

« JI m’est impossible de vous décrire toutes les sensations, émotions, illusions, désillusions etc. que tous mes organes phy­ siques et moraux ont éprouvées depuis le jour où nous nous sommes embrassés pour nous séparer. Oui, mon cher, je veux en venir sur un point où vous me croirez fou si je vous racontais tout, mais bref ..

J’ai perdu deux ans et la seule consolation qui me reste c’est d’espérer de n’en pas perdre davantage, mais quelle belle leçon, j’ai vieilli!

« J’ai vu toute l’Europe. La France est le plus beau pays du monde, la lune de Marseille est plus brillante que tous les astres polaires réunis, aussi quelles douces lueurs d’espérances font parfois vibrer mon âme!

« Le temps est si long quand on se sent assez de nerf pour produire ailleurs et que tous les objets qui s’offrent il vos re­ gards sont discordants et artificiels. Pas même ces belles nuits assez claires pour que je puisse vous écrire il minuit ne peuvent m’inspirer. La nature triste, sans effet, silencieuse, s’accorde tellement avec le caractère uniforme et pacifique des gens du nord; aucune passion n’est éveillée, tout languit dans un morne repos. A peine le rossignol ose-t-il chanter! Quel contraste avec mon caractère saccadé aussi je commence il faiblir.

315 LETTRE autographe de ZIEM, signée et datée du 1 juin 1844 envoyée de St-Pérersbourg à «M. Choppin, chez Mme la Bne de Crou­seilles, rue du Bac n » 92, Paris, France ».

« Voulez-vous que je vous raconte quelques fragments de noire voyage ? En quittant notre beau et unique Paris, les larmes aux yeux, nous nous dirigeâmes sur Vienne. Toutes ces villes allemandes se ressemblent entre elles, comme les jolies femmes dont la capitale autrichienne est remplie et je puis dire aussi, comme l’empereur François il est inutile d’autoriser des maisons p. (sic) à Vienne, faites un toit sur toute la ville! »

Ziem poursuit le récit de son voyage, décrit Moscou et relate une de ses heureuses aventures. Puis, il parle de son travail :

.. J’ai fait un tableau de l’intérieur d’une rue mais la couleur est blanche part out, il n’y a aucun effet … Je suis à Pétersbourg depuis six mois et maintenant aux îles, à trois verstes … »

Il est satisfait d’avoir fait

« de bonnes affaires en Russie, puis­ que – dit-il – j’ai donné des leçons aux princes impériaux et que j’ai travaillé pour leurs altesses. Mais que j’aime mieux gagner cinq francs chez moi, que cent ici, quand bien même le soleil serait aussi brillant que celui de la France et les princesses du nord aussi aimables que nos charmantes parisiennes …IMG_0248.jpg•Troyon-Gardeuse d'oie NN.jpg

 

About Cercle des Amis de Barbizon (196 Articles)
Le Cercle des Amis de Barbizon, association Loi 1901, a été fondée Jean-Michel Mahenc en 2016, pour réunir tous les amoureux du village des peintres de Barbizon (France, Seine-et-Marine) et d'en assurer le rayonnement artistique.

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